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Marc pernot

prédication du pasteur Gaspard de Coligny
pour le dimanche 11 octobre  2015

Les scribes et pharisiens sont des lecteurs passionnés de la Bible, et on ne peut pas dire qu’ils n’en tirent rien pour leur vie. Au contraire, ils tirent des Écritures une multitudes de commandements qui régulent leur vie quotidienne jusque dans ses plus infimes détails. Le pharisien s’implique dans sa lecture, il s’oublie lui-même devant le foisonnement sublime d’interprétations des sages : Rabbi machin dit ceci en s’appuyant sur tel et tel textes, Rabbi truc lui répond cela avec pour preuve tel passage… Et ils produisent ces fameuses règles, savamment établies et devant donc, selon eux, s’appliquer à tous & à chacun.

Jésus partage cet intérêt pour Dieu et pour la Bible, il la connaît sur le bout des doigts ? Il partage (oh combien) un engagement de tout son être et la conviction d’avoir quelque chose à adresser à chacun. Pourtant, les fidèles de la synagogue nous disent qu’il y a quelque chose de radicalement différent entre l’enseignement de Jésus et celui de ces fins lettrés que sont les scribes. C’est curieux que le texte ne nous dise rien de ce qu’enseigne Jésus dans cette synagogue alors qu’il affirme que l’enseignement de Jésus est unique en son genre. Ce silence sur le contenu de sa prédication est lourd de sens. Ce n’est pas un oubli, la preuve c’est que le texte nous parle bien d’un message qui est délivré dans cette synagogue, mais il est donné par l’esprit impur de l’homme. Ce message est tout à fait juste. Pourtant, Jésus s’oppose avec force à ce message. C’est là un second paradoxe qui va avec le premier : l’absence de compte rendu sur la géniale prédication de Jésus dans cette synagogue.

Voilà e que dit l’esprit impur de cet homme : « Qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. » Tout est parfaitement juste dans ce cri, même la prophétie « tu es venu pour nous perdre » qui va effectivement s’accomplir.

C’est cette prophétie attendue qui bouleverse l’esprit impur « tu es venu pour nous perdre ». Tu es venu pour perdre, pour torpiller le « nous » de cette communauté de pensée et d’obéissance construite avec tant de passion par nos scribes. Jésus a la puissance de libérer l’homme de ce « nous » dans lequel il était bien au chaud, bien protégé.

Protégé de quoi ? Protégé de tout ce qui pourrait changer les choses telles qu’elles sont. Et dans ce domaine, Dieu est un champion puisqu’il est le créateur par excellence, il est la source de changement par excellence. C’est pourquoi nous préférons souvent ne pas trop savoir où nous en sommes, nous n’aimons pas entendre notre voix dans un enregistrement et même un top model se trouve moche quand elle se regarde dans la glace, parait-il. Horresco referens, l’action de Dieu pourrait bien nous amener à nous connaître nous-même, voir que nous ne sommes qu’un enfant, peut-être même par certains côtés qu’une marionnette dans les mains du groupe, de ses codes et de sa façon de voir, manipulé par les instincts de notre espèce.

L’homme à l’esprit impur n’est pas un fou, ni un possédé, en tout cas pas plus fou ni plus possédé que vous, moi et tout le monde. Car nous craignons tous le changement, en réalité. Nous aimons bien faire partie d’un groupe, nous cacher dedans. Nous craignons d’avoir froid en sortant du groupe pour devenir nous-mêmes, nous craignons d’être ridicule en étant différent, et d’être faible, exposé, seul & nu.

… suite du texte ici

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5 Réponses à “Prédication : Lire la Bible comme on lit une lettre d’amour (Marc 1:14-28)”

  1. visiteur dit :

    Cher Marc,

    je suis venue vous écoutez avec grand plaisir ce matin â l’Oratoire.
    Je vous remercie d’abord beaucoup d’attirer notre attention sur ce petit livre de Kierkegaard  » Un examen de conscience ». Vous m’avez donné l’envie d’en savoir davantage sur ce philosophe et d’aller regarder de plus près cet écrit.
    Ensuite, votre prédication nous invitant à la quête de notre soi, à nous regarder nous même dans le miroir pour y rencontrer aussi Dieu me parle.
    Toutefois, j’ai besoin que vous m’éclairiez sur un point qui a fait confusion dans mon esprit en vous écoutant et je suis certaine qu’une fois cela dissipé je serai dans de meilleures dispositions pour suivre votre pensée. Je ressens bien que vous nous avez donné là une formidable démarche pour accueillir en nous le texte biblique.
    De l’accueillir avec le coeur, avec l’intelligence du coeur comme l’amoureux recevant une lettre de l’aimée. En cela, je vous suis complètement.
    Mais ce qui me pose problème, c’est précisément de savoir ce que contient réllement le texte biblique.
    L’amoureux sait lui que sa lette provient exclusivement de celle qu’il cherit, c’est elle qui lui a écrit et il a besoin d’intimité pour s’en quérir.
    En revanche, concernant la Bible, c’est là où mon esprit devient confus.
    Je reprends Kierkegaard: » Si on ne lit pas la Bible comme l’amoureux lit une lettre de sa belle, alors on lit la Bible mais on ne lit pas la parole de Dieu … ».
    Ce qui me trouble, c’est que si on remettait cette phrase à l’affirmatif, est- ce que l’on obtiendrait: Si on lit comme l’amoureux lit une lettre de sa belle, alors on lit la Bible mais on lit aussi la parole de Dieu.
    Lire la Bible, est-ce lire la parole de Dieu?
    Ou est-ce lire des paroles en quête de Dieu et de la parole de Dieu? Dans le sens de ce que Dieu a nous dire dans nos vies. Je suis vraiment neophyte dans mon approche de la Bible, mais je croyais avoir compris que
    la Bible n’est pas la parole directe de Dieu, Dieu qui parle ou écrit mais des hommes qui cherchent la parole de Dieu ou qui au mieux ont pu intuitivement tenter de la retranscrire. La Bible comme un recueil de prèdications. Pensez- vous que je fasse erreur en percevant les prophètes davantage comme des mediums ou des médiateurs qui ont pu transmettre quelque chose de la parole de Dieu mais de façon toujours indirecte par le prisme de leur ultra sensiblité?
    Est- il alors possible de lire avec le coeur et penser que cette lecture nous mettra au contact de Dieu, comme l’amoureux au contact des ecrits de celle qu’il aime?
    Dans la priere, oui, je crois qu’on peut vraiment prendre cette disposition de coeur et s’adresser directement à Dieu. Dans cette adresse à Dieu, l’on se découvre aussi à soi même sans fare. La grâce nous offrant alors de sentir la présence de Dieu en nous, à l’interieur de nous même. La grâce et la sensation de la présence de Dieu en nous, nous permet alors en effet de nous regarder nous même dans le miroir. Est- ce avec cette même disposition du coeur que vous nous proposez de lire la Bible?

    Sans doute est-il possible que nous abordions la Bible avec l’intelligence du coeur, comme livre à part , comme livre médiumnique qui en nous parlant de Dieu va aussi nous parler de nous mêmes? Si nous nous disposons à une lecture du point de vue de l’ intelligence du coeur, la Bible nous donnera t-elle cet accès qui nous permette de nous regarder dans le miroir? Tout en gardant toujours à l’esprit que les écrits sont quêtes de Dieu et non pas sa parole directe? La Bible est elle un livre sacré? Un livre sacré dans le sens où nous nous devons de le respecter comme la quête d’ hommes à la recherche de la parole de Dieu, parole qui retransmise peut nous permettre de nous regarder directement dans le miroir ? Ou sacré comme divin?

    J’espère ne pas être trop confuse mais votre prédication est venue rencontrer en moi des questions déjà là que je souhaiterai pouvoir clarifier.

  2. Merci, grand merci pour vos encouragements.

    Effectivement, lire la Bible n’est pas toujours lire la parole de Dieu. La pire des preuves, sans doute, est donnée par ces théologiens de l’apartheid (protestants, en plus) qui justifiaient la ségrégation et le racisme en s’appuyant sur les fils de Noé ! Ou ces musulmans haineux qui lisent l’Evangile afin de discréditer la foi chrétienne. Ou un historien de la littérature qui se limite à l’analyse des genres littéraires et de la culture de l’époque…. A mon avis, la Bible n’est alors pas lue avec le Saint-Esprit. Et il est bien possible qu’alors ce ne soit en rien la Parole de Dieu qui soit recherchée. Ce qui n’empêche parfois pas, malgré tout, que la Parole de Dieu trouve ce lecteur venu chercher tout autre chose.

    Par contre, quand la Bible est lue comme un lettre d’amour, le lecteur pensera peut être des choses inexacte du point de vue de la rigueur historique, exégétique, théologique… mais néanmoins il la lit dans un esprit d’ouverture à quelque chose qui vient de Dieu, et c’est cette ouverture en elle-même qui est la foi, et qui aide Dieu à travailler. C’est ainsi que Jean dit, dans sa première lettre que « l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. » (1 Jn 4:7) cela va très loin car il dit aussi en parallèle que « Celui qui déclarera publiquement que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. » (1 Jn 4:15), au total, nous pouvons déduire qu’aimer est en soi une déclaration publique d’une solide foi bien chrétienne, car cela nous ouvre à Dieu, cela nous permet de recevoir ce quelque chose de doux et de puissant que l’on appelle « l’Esprit de Dieu », ou son souffle, ou sa Parole… qu’importe l’image que l’on utilise pour parler de cette dynamique d’évolution et de vie qu’est Dieu.

    Je suis donc bien d’accord avec vous, ce qui importe « est de lire des paroles en quête de Dieu et de la parole de Dieu », avec cette ardeur que suggère l’image de l’amoureux lisant sa lettre.

    Les prophètes et autres personnes dont l’expérience spirituelle et/ou la pensée est à la source de la Bible sont sans doute de grands hommes. En nous offrant quelque chose de leur richesse ils sont médiateurs de quelque chose d’important. Mais l’essentiel me semble plutôt qu’il sont pour nous des pionniers, des explorateurs qui nous invitent à aller nous-mêmes vivre notre foi, notre vie. Ce n’est donc pas tant leur expérience que nous aimons, ni même ces personnes que nous aimons quand nous lisons leur texte comme un amoureux, mais c’est celui dont ils parlent, celui qu’ils ont aimé, qu’ils ont cherché et espéré, ou peut-être craint (ce qui n’a pas lieu d’être si nous l’aimons, nous dit encore Jean)…

    Mais l’intelligence est à mon avis essentielle aussi. C’est comme une respiration, l’intelligence et la prière, étudier la Bible en la décortiquant comme un savant, et prier la Bible comme le plus simple des bergers (il y a aussi des bergers savants et des savants qui prient !)

    En tout cas ce sera avec plaisir d’en discuter ensemble, car il y a autant d’expériences et d’approches que de personnes.

    Amitiés fraternelles

    Marc

  3. casenave dit :

    Monsieur le pasteur
    Vivant en province j’attends toutes les semaines avec impatience la parution de votre blog.
    J’ai déja eu l’occasion de vous dire que je ne suis jamais déçu.
    Mais votre exposé de cette semaine sur la Bible est pour moi lumineux et la clé de lecture offerte par Kierkegaard fait sens.
    J’ai bien apprécié également vos développements sur le « nous » qui enferme …
    Bien amicalement

    Georges casenave

  4. Cher Ami

    Grand merci pour cet encouragement si précieux ! C’est vraiment sympa.

  5. Nicolas Bernhardt dit :

    « Jésus a la puissance de libérer l’homme de ce nous » :

    D’une manière générale, tous les problèmes concernant la liberté d’expression s’éclaircissent si l’on pose que cette liberté est un besoin de l’intelligence, et que l’intelligence réside uniquement dans l’être humain considéré seul. Il n’y a pas d’exercice collectif de l’intelligence. Par suite nul groupement ne peut légitimement prétendre à la liberté d’expression, parce que nul groupement n’en a le moins du monde besoin.

    Bien au contraire, la protection de la liberté de penser exige qu’il soit interdit par la loi à un groupement d’exprimer une opinion. Car lorsqu’un groupe se met à avoir des opinions, il tend inévitablement à les imposer à ses membres. Tôt ou tard les individus se trouvent empêchés, avec un degré de rigueur plus ou moins grand, sur un nombre de problèmes plus ou moins considérables, d’exprimer des opinions opposées à celles du groupe, à moins d’en sortir. Mais la rupture avec un groupe dont on est membre entraîne toujours des souffrances, tout au moins une souffrance sentimentale. Et autant le risque, la possibilité de souffrance, sont des éléments sains et nécessaires de l’action, autant ce sont choses malsaines dans l’exercice de l’intelligence. Une crainte, même légère, provoque toujours soit du fléchissement, soit du raidissement, selon le degré de courage, et il n’en faut pas plus pour fausser l’instrument de précision extrêmement délicat et fragile que constitue l’intelligence. Même l’amitié à cet égard est un grand danger. L’intelligence est vaincue dès que l’expression des pensées est précédée, explicitement ou implicitement, du petit mot « nous ». Et quand la lumière de l’intelligence s’obscurcit, au bout d’un temps assez court l’amour du bien s’égare.

    extrait de l’Enracinement de Simone Weil.

    Très belle prédication et très puissante aussi. Merci !

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