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oratoire-du-louvre-colombe-gros-planQuelques personnes fréquentant le culte à l’Oratoire ont interpelé timidement, se demandant si « ça se fait dans une église libérale » : pourrait-on avoir des temps de prière liturgique. Pas de ces déballages où chacun prie à haute voix, mais des temps où la prière silencieuse de chacun, puisse être portée, encouragée par la réunion avec les autres ?

Alors, est-ce que cela se fait dans une église « libérale » ? Tout dépend de ce que l’on entend par « libéral » :

  • mais à l’Oratoire, d’abord, le libéralisme est un respect de la sensibilité théologique et spirituelle de chacun.
  • ensuite, ce libéralisme est une relativisation des dogmes et des rites obligatoires, pour laisser place à la propre réflexion, libre, de chacun. Vu de l’extérieur, cela pourrait ressembler à du rationalisme pour chacun puisque même les dogmes les plus essentiels peuvent être remis en questions, mais c’est en réalité l’inverse du rationalisme, c’est une façon de respecter la transcendance de Dieu, une façon de refuser qu’oin l’enferme dans une boîte, dans un dogme. C’est une façon de privilégier la relation personnelle avec Dieu, la sincérité de chacun.

C’est ainsi que la prière et le libéralisme vont fort bien ensemble. La mystique et recherche théologique libre, hardie vont très bien ensemble. Pensons à des personnes comme Maître Eckhart, Angelus Silesius, ou l’auteur du « nuage de l’inconnaissance », mais encore à un Augustin d’Hyppone, à Kierkegaard. Puis, à notre siècle un Théodore Monod ou à Jaques Ellul.

Jacques Ellul aimait l’action, la réflexion et la prière en petit groupe. Il parle ainsi de son groupe de prière : fondé des petits groupes

C’est la petite communauté qui porte le plus de témoignages. Ici, nous avons une réunion de prière qui a cette singularité que personne n’y vient ! C’est très curieux d’ailleurs: malgré toute mon insistance, les protestants, d’ici en tout cas, ne semblent pas intéressés par la prière puisque nous ne sommes que quatre personnes. Il y a quelques mois, un couple est venu me voir en me disant « voilà, il nous est arrivé quelque chose d’affreux, nous avons perdu un enfant de 17 ans, est-ce que vous connaissez un groupe de prière ? » J’ai dit que je connaissais un groupe de prière mais qu’ils seraient très certainement déçus parce que nous n’étions que quatre. « Cela ne fait rien, nous venons », ont-ils répondu. Eh bien ces gens, dans ce simple groupe de prière de quatre personnes, ce père et cette mère s’y trouvent bien. Voilà. Pour moi, c’est ça l’important. L’essentiel, c’est qu’ils soient heureux là où ils sont, dans notre Eglise…
(« Paul Ricœur, Jacques Ellul, Jean Carbonnier, Pierre Chaunu. Dialogues. » Olivier Abel, Labor et Fidès 2012, p.53)

Et donc, oui, « ça peut se faire » de se réunir à l’Oratoire pour prier.
Mais alors pourquoi est-ce que cela ne se fait pas ?
Ce n’est pas l’habitude, la prière est cantonnée dans l’inimité la plus stricte… C’est vrai que c’est ce que recommande Jésus quand il apprend à prier à ses disciples :

Toi, quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte, et prie ton Père qui est là dans le secret. »
(Matthieu 6:6).

Effectivement, cette prière intime et secrète est la seule qui puisse vraiment être sincère, tant il est impossible à l’humain de ne pas garder son masque quand il est devant un tiers, même le plus intime des tiers qu’est un parent ou un conjoint, un ami proche.

Et pourtant, il y a un passage dans les évangiles où l’on voit que :

Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier.
Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea, et son vêtement devint d’une éclatante blancheur.
Et voici, deux hommes s’entretenaient avec lui: c’étaient Moïse et Elie
(Luc 9:28-31).

Il s’agit bien d’un temps de prière en groupe, dont Jésus a l’initiative. C’est dit littéralement mais c’est aussi dit au sens figuré, évoquant ainsi le bénéfice de ce temps de prière : une élévation (évoquée par la montagne), une mise en lumière de notre monde par le Christ, et une source nouvelle de révélation, directe, Moïse évoquant la découverte de ce qu’il est juste de faire, et Élie évoque le souffle prophétique.
Mais en même temps, il s’agit d’une prière silencieuse, le contenu en reste intime, il s’agit plus d’une élévation qui est de l’ordre de la rencontre. Une expérience indicible, personnelle.
Et puis nous voyons que ce temps de prière en groupe à la suite du Christ n’est pas une obligation pour tous les apôtres et disciples, mais que certains ne se sentent pas appelés à en être. Chacun sa façon de ressourcer sa propre prière. Peut-être simplement que Pierre, Jean et Jacques avaient du mal à prier et que Jésus a pensé les aider ainsi ?

Pourquoi alors monter un groupe de prière ? En toute chose, et même pour la prière, nous avons besoin de nous entraîner pour progresser et qu’être avec d’autres donne du courage et une impulsion. Parfois aussi, nous pouvons avoir besoin d’aide quand nous n’arrivons plus à prier et qu’alors le soutien mutuel est d’un grand secours. Le but est bien la prière intime, dans sa chambre porte fermée.

Suite à quoi, si le cœur vous en dit, si vous ne savez pas prier ou si c’est pour vous une gourmandise, si vous êtes chargé au point que les idées roulent dans votre tête empêchant tout silence, ou si vous voulez simplement nourrir votre prière ainsi… bienvenue

⇒ première rencontre :
Samedi 28 novembre 18h à 19h
dans l’Oratoire de Louvre, 145 rue Saint Honoré Paris 1er.

https://oratoiredulouvre.fr

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2 Réponses à “Un temps de prière silencieuse : « Venez et goûter comme l’Éternel est bon » Psaume 34:9”

  1. visiteur dit :

    Il y a un passage que vous ne commentez pas:
    Pourquoi Jésus recommande-t-il de ne rien dire. Et pourquoi ne lui obéissons nous pas?
    Amitiés

  2. Bonjour

    Et merci pour votre remarque. Je suppose que vous parlez de la suite du texte de la transfiguration du Christ, selon un autre évangile (« Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur donna cet ordre: Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts. » Matthieu 17:9).

    Mais, par que qu’ailleurs il ne me semble pas que le Christ soit tellement du genre à ne pas vouloir que nous crions l’Evangile sur les toits et les chemins.

    Pour ce qui est de ce qui a été vécu lors de la transfiguration, je vois deux réponses possible à votre question.

    1. La première est que cette recommandation de ne rien dire tombe après sa résurrection.
    2. La seconde est que la transfiguration est de l’ordre d’une expérience mystique des disciples, et qu’effectivement, ce genre d’expériences est de l’ordre de l’incommuniquable. C’est comme d’essayer d’expliquer le goût de la fraise à une personne qui n’a jamais eu l’occasion d’en goûter. Cela peut aussi vouloir dire que l’expérience spirituelle est personnelle, intime, et que ce serait donc une erreur de penser que les autres personnes devraient vivre la même chose que nous, recevoir la même parole.

    Amitiés

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