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Le visage de Jésus selon Rembrandt

Question d’un visiteur :

Bonjour Mon Père Pernot

Joyeux Noël!

J’ai une question importante pour vous. Il s’agit d’un passage dans la bible. Dans l’évangile selon Matthieu 5-27 il est écrit: « Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son coeur ».

L’adultère concerne que les personnes mariées n’est-ce-pas? Si on n’est pas marié, est-ce-que ce passage s’applique à nous quand même? Dans ce cas, c’est quoi exactement l’adultère?

Merci

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

D’abord, il ne faut pas prendre ce genre de discours de Jésus comme une loi à appliquer à la lettre mais comme une question à se poser. Pour le comprendre on peut regarder la fait que Jésus dit un peu plus plus loin « de ne pas résister au méchant » (Mt 5:39), c’est manifestement impossible de laisser les violeurs, les gangster et les tyran faire n’importe quoi sans résister. Ce commandement est donc dangereux quand il est pris à la lettre, mais génial quand on le prend comme une question nous ouvrant sur une réponse différentiée à la question de la méchanceté et de l’agression.

Autre exemple, Jésus dit que celui qui traite son frère d’insensé est pire qu’un assassin, qu’il est digne d’être passé dans le feu éternel (Mt 5:22)!!! Or, au chapitre 23 du même livre, on voit Jésus traiter d’insensé les scribes et pharisiens et même de bien pire que cela. Il n’est donc pas question de lire ces paroles de Jésus à la lettre, mais de se poser la question de la violence de nos mots. Une parole dure peut parfois être salutaire, parfois elle peut tuer, vraiment tuer quelqu’un. Il faut donc purifier notre amour, notre intention, notre discernement pour que notre parole ou notre silence soit porteur de vie et non de mort. Oui, bien souvent nous avons besoin du feu de l’amour de Dieu pour purifier en nous tout cela.

La question que pose notre désir n’est donc pas celle d’une condamnation de Dieu pour un désir que nous ne pouvons pas contrôler. Ce serait dangereux, et inutilement culpabilisant et même désespérant. Mais ces paroles de Jésus sont bien plus fines et intelligentes, bien plus fécondes, bien plus source de vie pour nous qu’une petite Loi. Cette parole que vous citez nous aide à prendre conscience de ce désir comme potentiellement source de mauvaises choses, comme étant la racine de l’adultère, et plus largement comme mettant en nous Ésaü au dessus de Jacob, Caïn au dessus d’Abel, mettant l’animal au dessus de l’enfant de Dieu. Cette parole de Jésus nous rend attentif au symptôme, et nous aide à voir notre faiblesse avant qu’elle se traduise en actes faisant du mal.

Donc oui, ce passage s’applique à tous, mais il faut le prendre comme un sujet de réflexion sur nous-mêmes et sur l’humanité, nous invitant à demander à Dieu un supplément d’Esprit Saint, de sagesse et de force, de cœur et de foi.

Amitiés fraternelles

pasteur Gaspard de Coligny

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10 Réponses à “Question : Comment comprendre cette parole de Jésus considérant qu’un regard de désir est comme un adultère ?”

  1. Jean Rastignac dit :

    Une question géniale et une réponse qui l’est tout autant, comme toujours. Géniale car elle renvoie à des souvenirs personnels ou à un questionnement fil rouge sur ce blog : celle de l’humanité simple, ou celle du Dieu fait homme que peut être le Christ.

    Souvenir d’abord de ce Pasteur qui nous faisait l’éducation religieuse et qui avec le Pasteur James Woody, et vous maintenant pasteur Pernot, avaient eu et ont sur moi une influence déterminante dans ma foi, et ma petite vision intellectuelle des choses humaines et religieuses. Ce pasteur de mon enfance et adolescence auquel j’ai déjà fait allusion ici, et qui reste pour moi un monument, avait lors des catéchismes, fait allusion à son passé, et particulièrement celui de la seconde guerre mondiale.

    Pour ne citer que quelques exemples, lorsqu’il nous rapportait son souvenir de la progression éclair des Allemands en juin 40, il nous disait être resté encerclé durant trois jours par les Allemands, entouré de cadavres, et avoir compris à ce moment là, pourquoi les poilus de 14-18 fumaient tant la pipe .Pipe qu’il avait d’ailleurs lui aussi, toujours à sa portée, lorsque nous le côtoyions.

    Réflexion aussi, qu’il avait faite à certains d’entre nous, lorsque arrivant aux réunions du jeudi après midi, nous arborions sur nos sweats et tee-shirts quelques slogans écrits en grosses lettres : « Depuis que j’ai eu KG écrit dans le dos pendant deux ans, j’ai cessé de porter des vêtements avec des inscriptions ».Un soir où il dînait chez nous, il nous avait quitté en m’invitant à passer chez lui chercher sa Sten de la résistance. Chose que je n’ai jamais faite, par timidité. En faisant cela ce n’était pas une apologie de la violence ou de la guerre qu’il transmettait, mais un témoin de relais. Comme ses pairs il savait qu’à un moment de sa vie, on pouvait être amené à défendre sa liberté et ses valeurs par les armes. Sa personnalité était donc très forte et imposante : bien que pasteur, il était Don Camillo et Pépone réunis en une seule personne, le juge Roy Bean de Lucky Luke (personnage bien réel, auquel il ressemblait d’ailleurs un peu aussi physiquement), il était tout à la fois les évangiles et l’ancien testament incarnés.

    C’est pour dire qu’à l’époque où les filles du lycée et celles du catéchisme ne me laissaient pas indifférent, ce passage de Matthieu, lu par lui en début de cours de « Cathé » m’était tombé sur la tête comme un rocher de montagne au dégel de printemps. Avec le temps je n’ai pas oublié ce moment, il ne me culpabilise plus et me laisse plutôt, comme en pâtisserie cette étrangeté du parfum doux amer, qui fait toute la difficulté et la beauté de notre condition humaine. Cette phrase de Jésus renvoie aussi cependant, à cette question récurrente de la divinité du Christ. La citation telle quelle, sans se référer au texte et à la langue d’origine, à l’époque où elle fût dite ou à celui qui l’ a rapportée, laisse penser, que c’est un Jésus de simple condition humaine qui la pense et la dit dans le contexte de son temps. Sinon, Dieu négligerait-il lui aussi le désir féminin ? Enfin cette phrase reste magnifique, parce qu’elle nous renvoie aussi à des œuvres telles que Don Juan, l’homme qui aimait les femmes de François Truffaut, à des chansons de Brassens telles que Fernande ou les belles passantes .

    Si Dieu a mis l’étincelle de cette tentation dans notre cœur, je ne crois pas que cela soit pour nous faire chuter, mais plus comme le voyait François Truffaut, pour faire que la vie soit plus belle : « les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde pour lui donner sa beauté et son équilibre ».

    Mais c’est vous encore une fois qui détenez la bonne réponse Pasteur Pernot. Cette parole de Jésus, nous invite à nous élever au dessus de notre animalité, ce barreau d’échelle qui nous sépare de la cité céleste.
    Comme disait si bien Paul : « Vous êtes nés libres, mais ne profitez pas de cette liberté pour vous laisser aller aux instincts de votre propre nature ».

  2. Angelico dit :

    Bonjour,

    « Tout homme qui regarde une femme et la désire a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur ». Matthieu 5,27

    Croyez vous que ce genre de parole de Jésus ne soit pas à prendre à la lettre ?… alors qu’à mon avis, dans ce cas là, cet enseignement ne prend justement toute sa pertinence d’être compris dans sa radicalité, dans toute sa « scandaleuse » et gênante vérité… oui, ces paroles de Jésus sont bien plus fines et intelligentes, bien plus fécondes, bien plus source de vie que ce que nous croyons.
    Jésus d’appliquer la Loi d’une manière plus que stricte (frisant la démesure) montre ainsi à l’homme qu’il ne peut être justifié par la Loi… puisque la Loi d’un simple regard de désir, d’un seul soupçon de colère fait de nous l’égal de l’assassin, de l’adultère… ce n’est pas à prendre à la légère : LA LOI NE SAUVE PAS !…
    c’est bien ce que dit et redit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romain : « que Dieu soit reconnu pour vrai, et tout homme pour menteur », « nul homme ne sera justifié devant lui par les œuvres de la Loi, car une loi ne fait que donner la connaissance du péché », « car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu, et ils sont justifiés gratuitement par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus Christ ».

    La fonction de la Loi n’est-elle pas d’anéantir notre ego !… la plus grande des idoles (celle qui les résume toutes) est-elle autre que notre « M0I » ?
    La fonction de la Loi n’est-elle pas de nous sortir de l’illusion d’être quelqu’un de bien comme il faut, quelqu’un se suffisant après tout à lui-même avec l’aide d’un dieu « humaniste » qui fait « réfléchir » sur nous et sur l’humanité ?… n’est ce pas risqué de faire de la Bonne Nouvelle un pétard mouillé alors que c’est une bombe atomique ?

    N’est ce pas pour cela que les publicains, les prostituées, les « tordus » de la terre conscient du « méchant « en eux sont plus proches du Royaume que d’autres ?… « pauvres » à qui Jésus dit de « ne pas résister au méchant » (Mt 5:39)… à rapprocher de la parabole du bon grain et de l’ivraie (Matthieu 13.24-29).
    Et ce n’est pas pour cela que l’on pourrait faire n’importe quoi (ça veut dire quoi n’importe quoi ?), notre « faiblesse » une foi mise à nue suffit, pas besoin d’en rajouter.

    La loi nous condamne irrémédiablement, ce n’est pas à édulcorer et c’est extraordinairement dangereux, extrêmement culpabilisant et désespérant si l’on se croit sans dieu, sans son esprit, sans sa sagesse et sa force… mais, il me semble que dieu déjà nous parle si l’on est atteins au plus profond par les flèches de sa Loi, la découverte de l’immensité de sa Grâce offerte n’est pas loin (le chemin n’est-il pas crucifixion/résurrection ?).

    Pour conclure me vient à l’esprit cette parole :
    « Qui d’entre vous d’ailleurs peut, en s’en inquiétant, ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ? Si donc les plus petites choses mêmes passent votre pouvoir, pourquoi vous inquiéter des autres ? (Matthieu 6,25-34)

    Dans la paix, la confiance et l’Amour du Père.

  3. Oui, vous avez raison, les paroles extrêmes de Jésus, à la fois nous libèrent, et nous invitent à ce que cette liberté ne soit pas un prétexte pour faire n’importe quoi.
    L’idéal proposé par Jésus, à la fois :

    • change notre compréhension du salut. Comme vous le dites très bien, la vie éternelle n’est pas à acheter par l’obéissance à une Loi, ni par les actes, ni par des croyances
    • mais quand même, l’idéal proposé par Jésus donne aussi des idées pour une façon d’être et de vivre. L’enjeu n’est plus de « faire son salut », mais d’être source de belles et bonnes choses.
  4. Angelico dit :

    Je suis absolument d’accord… même si le mot « idéal » me gène un peu, tout en comprenant ce que vous voulez dire… pour moi la Parole n’appartient pas qu’à ce monde là (des idées), elle est vivante… et bien vivante, c’est Jésus Christ le Seigneur… pas une idée.
    C’est vivre dans son moment éternellement présent, sans attente, sans projet à faire le bien… c’est vivre sous un régime différent de mes inquiétudes, c’est une acceptation, un abandon, une ouverture à une « Présence » qui dépasse toutes définitions (on peut tout aussi bien la nommer « Absence » d’ailleurs si l’on veut)
    « Saul se releva de terre, et, quoique ses yeux fussent ouverts, il ne voyait rien » Actes 9
    Réalité vraie de l’esprit d’Amour infini « qui va où il veut, et tu en entends le bruit, mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va » c’est d’une plongée en lui (en se laissant faire) de ses profondeurs, qu’il germe, se réjouit et donne du fruit en nous à chaque instant… à partir de là, l’autre m’est un frère, une sœur (tous fils et filles du Père, même si ils le refusent) et l’on fait ce que l’on a à faire, sans plus… c’est sur, ça a plutôt l’allure de bonnes actions que de mauvaise (rires).

  5. L’idéal que propose Jésus dans son idéal, il l’incarne autant qu’il est humainement possible, mais cet idéal qu’il exprime dans ses paroles dépasse même ce qu’il lui est possible de faire. Et c’est cela qui lui permet de parler sans culpabiliser. Parce que si l’idéal que proposait Jésus était lui-même, il serait la preuve vivante que nous pouvons le faire, et donc que nous sommes minables. Mais sans cesse, Jésus renvoie à travers au Père comme étant la perspective.

    • Par exemple, Jésus dit à la fois « soyez parfait comme votre père céleste est parfait » et « Pourquoi m’appelles-tu bon? Il n’y a de bon que Dieu seul ! »
    • Jésus dit à la fois « qui m’a vu a vu le Père » et en même temps « celui qui a confiance en moi fera aussi les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes »
    • Jésus dit à la fois « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres » et l’on sait que Jésus possédait en particulier une tunique sans couture qui suscite l’envie des soldats romains qui le crucifient…

    Mais à travers tout cela, oui, nous avons en Christ une image de Dieu, et donc dans l’imitation du Christ nous pouvons cheminer à notre rythme, à notre façon, vers ce Père dont Jésus incarne la Parole.

    Et cela assume le fait qu’en ce monde la justice reste de toute manière partielle, imparfaite.

  6. Angelico dit :

    Bref, il me semble que tout tourne autour de la grande question :
    qui est ce « JE SUIS » ?
    « il leur posa en chemin cette question: Qui dit-on que je suis? » Marc 8:27

    Une question que certaines sagesses orientales posent plus directement en engageant tous chercheurs à répondre avant tout pour eux même et en vérité dans le silence intérieur :
    QUI SUIS-JE ?
    … qu’est ce qui fait que nous avons la conscience d’Être au-delà de toutes qualifications (homme/femme, riche/pauvre, beau/laid, croyant/athée, etc…) et qui nous rend la mort si improbable.

    lorsque notre mental juge le monde, la justice y semble partielle, imparfaite… mais derrière le mirage de l’ego, derrière toutes formes, ne réside t’il pas la Vérité et la perfection de l’ÊTRE ?… en l’ÊTRE, en Dieu « je suis celui qui est » tout n’est il pas réuni ? (Satan ne fait-il pas partie du plan divin ?) ce que nous vivons comme des horreurs ne fait-il pas aussi partie de l’expérience totale de l’ETRE sans jugement pour lequel le « mal » et le « bien » sont une même tunique sans couture ?… monde que l’on n’arrête pas de tirer au sort pour le posséder, se l’approprier…
    En fait, je crois que Jésus incarne cette Vérité là… dans la culture et la religion qui était alors la sienne… employant des paraboles et des mots qui avaient dans la Palestine de son époque tous leurs sens et leurs saveurs…
    Mais les mots même s’ils n’ont comme seule perspective de mettre en évidence l’UN le diffracte encore. Seul le silence en « parle » au mieux.

    Dans ce silence et sa joie sans objet je vous souhaite une bonne fin de Dimanche.

  7. Bernard (Bruxelles) dit :

    Par un heureux concours de circonstances, je découvre votre forum en cherchant la référence d’un passage des Évangiles.
    Quel émerveillement pour moi, catholique, de lire vos commentaires, cher pasteur Pernot, et chers blogueurs protestants ! Vos commentaires sur des sujets aussi interpellants que variés m’éclairent au plus haut point, soyez-en vivement remerciés.
    En union de prière avec toute votre communauté, sous le regard de l’Esprit Saint.

  8. Ça c’est bien sympa et encourageant 🙂
    Amitiés fraternelles

  9. ramsamy dit :

    pasteur Gaspard
    Question : Comment comprendre cette parole de Jésus considérant qu’un regard de désir est comme un adultère ?
    je découvre votre forum aussi .je suis d’accord avec jésus
    la pensée précède les actes

  10. Jésus encourage à travailler à la racine du mal, pas simplement sur le mal.
    C’est sage.
    Et en même temps, cela demande une guérison plus profonde. Heureusement que nous avons Dieu pour nous y aider.

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