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vers une déclaration de foi commune - Eglise Protestante Unie de FranceAprès avoir vécu un processus d’union entre les Églises luthérienne et réformée, il s’agit maintenant de donner à l’Église nouvellement constituée, l’Église protestante unie de France, une Déclaration de foi, énonçant en un langage simple les convictions fondamentales que partagent ses membres.

Cet effort conduira, en étapes successives, au Synode national de 2017, année qui sera également consacrée au 500ème anniversaire de la Réformation. La réflexion sur la Déclaration de foi pourra donc profiter de cette dynamique.

Mais avant d’être abordé aux plans régional et national, ce travail s’effectue d’abord à la base, dans les paroisses et Églises locales, une phase de réflexion qui s’étendra sur la première moitié de 2016. Les résultats au plan local seront transmis aux synodes régionaux, qui se prononceront lors de leurs sessions en novembre 2016. Leurs avis seront ensuite communiqués à l’échelon national, en vue d’une discussion et prise de décision lors du synode national fin mai 2017.

Le travail dans les paroisses et Églises locales constituera donc le matériau premier des étapes ultérieures du processus. C’est pourquoi il est très important que cette première phase puisse se dérouler dans les meilleures conditions.

Nous avons reçu un dossier comportant une proposition de base, élaborée par un groupe de théologiens, de pasteurs et de laïcs engagés, ainsi que des explications de ce groupe. C’est ce que nous vous transmettons ici pour recueillir vos avis bienveillants & inspirés.

+ Amitiés fraternelles

Proposition de base

  1. En Jésus le Christ, Dieu se révèle comme Parole bouleversante et fondatrice. Il est pour nous source de liberté, sujet de joie. De son appel naît la foi, puissance de vie, qui donne à chacun une dignité nouvelle. Dieu rassemble dans une communion invisible toutes celles et tous ceux que son Esprit anime.
  2. Pour entendre cette Parole vivante, l’Église protestante unie de France écoute le témoignage décisif des Écritures. Elle y puise sa certitude que, sans mérite de notre part, Dieu nous réconcilie sans cesse avec lui dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Christ. Ainsi justifiés et libérés, nous sommes appelés à vivre de cette liberté auprès des autres.
  3. Qui témoigne de l’Évangile participe à la réconciliation du monde, œuvre de la grâce divine. Il rend visible l’amour de Dieu envers chaque être humain et sa sollicitude envers la création tout entière.
  4. Prédication et sacrements offrent au croyant une nourriture pour son chemin. Par eux la Parole de Dieu résonne dans notre vie, retentit dans le monde. Elle nous ébranle, nous relève, nous engage. Elle brise les chaînes de l’injustice.
  5. L’Église protestante unie de France reconnaît pleinement la foi chrétienne dans les Symboles œcuméniques, les Livres symboliques et les Confessions de foi de la Réforme. Elle reçoit la pluralité des expressions de la foi, vécue dans l’unité, comme signe de l’humanité de Dieu.
  6. L’Église partage une vérité qu’elle ne possède pas, et qu’elle recherche avec passion. En Jésus le Christ, elle est ouverture au prochain et renvoie, bien au-delà de ses propres insuffisances, au don gratuit de Dieu, à la beauté de sa Parole : à la merveille de sa grâce.

 

Explications de la proposition de base

  • Par Jacques-Noël Pérès (coordination), Guilhen Anthier, Marc Boss, Frédéric Chavel, Pierre Encrevé, Agnès Lefranc, Marie-Christine Michau, David Mitrani, Dany Nocquet, Antoine Nouis, Raphaël Picon

Le commentaire proposé n’est pas exhaustif mais veut apporter quelques éclairages autour des trois termes qui donnent sa cohérence à l’ensemble du texte : la Parole, la liberté, et la réconciliation.

Le choix de commencer par Jésus le Christ et de terminer par la grâce, donne à l’ensemble de la déclaration valeur de prédication. Celle-ci trace un itinéraire de foi rythmé par six verbes (« se révéler, écouter, témoigner, offrir, reconnaitre, partager »).

Cette déclaration, volontairement brève et dense, est empreinte de références bibliques. Si aucun verset n’est explicitement mentionné, le texte fait implicitement entendre de nombreux passages des Écritures.

La déclaration ne répète, n’efface, ni ne remplace les confessions de foi de référence qui restent en usage dans notre Église.

 

1. En Jésus le Christ, Dieu se révèle comme Parole bouleversante et fondatrice. Il est pour nous source de liberté, sujet de joie. De son appel nait la foi, puissance de vie, qui donne à chacun une dignité nouvelle. Dieu rassemble dans une communion invisible toutes celles et tous ceux que son Esprit anime.

On ne commence pas par l’Église, par une communauté déjà constituée, ni même par un « nous » indistinct. On commence par un Dieu révélé en Jésus identifié comme Christ. Objet de notre foi, il se donne comme Parole. Ce point est décisif. Il s’agit de montrer qu’alors même qu’elle déclare sa foi, qu’elle est en situation émettrice, l’Église se reconnaît comme étant réceptrice. Elle est le fruit d’un événement, elle nait d’un appel. Ce qui lui importe n’est pas de s’annoncer elle-même, mais de reconnaître celui qui l’a suscitée.

La Parole bouleverse et fonde. L’ordre des mots est important. Cet ordre ne renvoie pas tant à une chronologie qu’à la dynamique même de la foi. La Parole n’est pas ce qui prioritairement vient établir, asseoir, fixer, consolider ou, dans un autre registre, cautionner. Elle vient déplacer, déranger, surprendre et provoquer : autant de termes qui ressortissent de catégories différentes mais qui ont en commun de souligner l’idée de mouvement, de vitalité et de dynamisme. La Parole est bouleversante et fondatrice. Le fondement n’est pas une réalité seconde, il ne vient pas après le bouleversement, mais vient s’inscrire dans le bouleversement lui-même.

« Il est pour nous » : le nous qui apparaît ici est volontairement indistinct, universel. Ce n’est pas celui d’une forme de captation, ce n’est pas un nous de propriétaire. C’est un nous fondé par un don, un nous qui reçoit et qui interprète. C’est le nous d’un témoignage partagé.

« Source de liberté, sujet de joie » : termes positifs qui expriment une forme de bonheur. Dans ces termes, Dieu n’est pas conçu abstraitement, mais à travers ce qu’il fait pour nous. Si Dieu est d’emblée nommé comme celui qui « fait naître », comme celui qui se révèle en Jésus, et comme celui qui anime par son Esprit, ces éléments trinitaires ne sont pas dissociés mais réunis dans ce qu’ils constituent pour nous.

La foi, née de l’appel de Dieu, est puissance de vie qui donne à chacun une dignité nouvelle. Elle est ici force de résurrection qui éveille, réveille, relève, force de renouvellement de dignité. Dignité est un terme fort dans un contexte social où le sentiment de manque de dignité est très largement partagé. Ce n’est pas une dignité postulée abstraitement mais donnée, renouvelée par Dieu à celui qui en a été privé.

Dieu est une source de rassemblement de toutes celles et ceux qui sont animés par son Esprit. C’est ici l’idée d’Église invisible, si importante pour la Réforme, et que l’on retrouve dès les premiers mots de la Constitution de notre Église : nul ne peut dire où est la véritable Église. Dieu seul la connaît véritablement. Cette ignorance première est très importante pour penser la communauté. Elle fonde aussi notre conviction œcuménique, ainsi que notre engagement dans le dialogue avec les autres traditions religieuses et philosophiques.

L’attention au monde et à la communion invisible dans la foi précède, en ordre et en importance, la définition de notre particularité.

2. Pour entendre cette Parole vivante, l’Église protestante unie de France écoute le témoignage décisif des Écritures. Elle y puise sa certitude que, sans mérite de notre part, Dieu nous réconcilie sans cesse avec lui dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Christ. Ainsi justifiés et libérés, nous sommes appelés à vivre de cette liberté auprès des autres.

Cette Parole vivante n’est pas abstraite, elle est celle d’un contenu spécifique et se concrétise : elle réconcilie gratuitement, elle justifie et libère.

L’événement de cette Parole vivante est donc bien plus que le renvoi à un texte prescriptif fermé. Se référer aux Écritures bibliques, en soulignant leur pluralité, plutôt qu’à « la » Bible, dans un faux singulier, rappelle que le témoignage vivifiant de la Parole apparaît à travers l’interprétation. Cette parole doit être « entendue » car elle est une proclamation qui advient. C’est un mouvement de l’esprit qui perce sous la lettre.

Ce dont il s’agit ici n’est autre que la question de la justification, cœur de l’Évangile, décisive pour l’acte de réformation, et centrale dans la concorde de Leuenberg (1973).

Le témoignage des Écritures est « décisif », il porte une clarté nouvelle sur la vie. La Parole comporte un non et un oui, elle fait mourir et elle fait vivre, elle juge et bénit, elle condamne et justifie. Elle réconcilie, ce qui évoque une distance traversée par un geste de paix. Tout cela est reçu sans mérite, nous n’y sommes pour rien. La grâce de la justification ne nous transporte pas dans une autre réalité, sans péché, sans mal et sans enjeux. C’est pourquoi cette grâce est toujours à recevoir. Pourtant, la Parole n’est pas vaine. Elle nous donne une liberté et une responsabilité nouvelles. Elle teinte nos relations aux autres et nous y déchiffrons la source de nos propres capacités d’action auprès des autres. Elle ne vient pas fonder un sujet dominant et suffisant, mais relié aux autres.

3. Qui témoigne de l’Évangile participe à la réconcilia on du monde, œuvre de la grâce divine. Il rend visible l’amour de Dieu envers chaque être humain et sa sollicitude envers la créa on tout entière.

La réconciliation du monde n’est pas de notre propre chef, elle est le fruit de la grâce divine. Nul ne saurait se glorifier soi-même d’être un vrai témoin. D’où le caractère volontairement indéfini du « Qui ». Celui-ci rappelle le « Qui aime est enfant de Dieu».

Nous attestons qu’un véritable témoignage produit de la clarté. Il rend visible. Il n’est pas dans le mensonge, la manipulation. Il n’est pas un affichage purement extérieur. Ce témoignage est authentique parce qu’il est une façon de vivre en cohérence avec ce qui l’anime. Ainsi, il dépasse largement la personne du témoin et met en lumière l’amour de Dieu envers chacun et envers toute la création. Cet amour n’est pas un vague sentimentalisme, une bonne intention, une parole en l’air, c’est une puissance relationnelle qui affecte chacun. Il s’agit de « la création tout entière », car l’action de Dieu n’est pas limitée aux êtres humains, elle est cosmique, universelle.

4. Prédication et sacrements offrent au croyant une nourriture pour son chemin. Par eux la Parole de Dieu résonne dans notre vie, retentit dans le monde. Elle nous ébranle, nous relève, nous engage. Elle brise les chaînes de l’injustice.

Prédication et sacrements sont une formidable puissance de vie : ils éclairent et nourrissent, ils rassemblent et guident, ils sont lumineux et savoureux, joie partagée avec Dieu et le prochain. La singularité de celui qui est rejoint par Dieu sur « son » chemin s’élargit aussitôt en un « nous ».

L’idée de résonnance est choisie pour signifier cet écho. Dans la prédication et les sacrements, et au-delà d’eux, la Parole résonne. Ce qui y est donné comme nourriture ne satisfait pas simplement nos attentes mais réoriente nos chemins de vie. Dans la prédication et les sacrements, la puissance de résurrection de la Parole de Dieu fait signe et s’accomplit.

Ces événements qui, en théologie protestante, constituent les « marques » traditionnelles de l’Église, sont concrets et efficaces. Ils ouvrent des perspectives qui vont bien plus loin que le cadre cultuel, concernent l’ensemble de notre personne, nos sens, notre raison, notre cœur, notre corps, les autres rencontrés, et invitent à interpréter le monde avec les yeux de la foi.

5. L’Église protestante unie de France reconnaît pleinement la foi chrétienne dans les Symboles œcuméniques, les Livres symboliques et les Confessions de foi de la Réforme. Elle reçoit la pluralité des expressions de la foi, vécue dans l’unité, comme signe de l’humanité de Dieu.

L’Église protestante unie de France n’est pas Église toute seule. Elle est inscrite dans une longue tradition d’interprètes, constituée de cette pluralité des expressions de la foi. À l’instar d’une humanité diverse, l’Église rend grâce pour la diversité de ses membres, de leurs sensibilités, de leurs théologies, de leurs interprétations des textes de référence.

La pluralité des sources qu’elle reconnaît comme étant constitutives renvoie à un trait ecclésiologique caractéristique du protestantisme réformé et luthérien. L’Église n’est pas nouvelle, elle n’est pas celle de Luther ni de Calvin, elle est chrétienne, celle du Christ. Aucune expression particulière de la foi ne s’identifie à sa source, mais à chaque moment l’Église se soumet à une critique possible au nom du Christ. Nul ne peut chercher le Christ sans ou contre les témoins qui le précèdent et qui l’accompagnent. L’unité œcuménique est donc la condition nécessaire de la juste compréhension de chaque tradition particulière.

En faisant référence aux expressions anciennes de la foi, nous n’entendons pas les soustraire à tout examen critique, mais nous les plaçons, comme elles se plaçaient elles-mêmes, devant la puissance réformatrice de la Parole de Dieu. Nous tenons compte de leur richesse historique, avec les commentaires, les questionnements et les corrections formulés depuis leur rédaction.

La diversité n’est pas seulement un accident de l’histoire, ni une marque de la faiblesse humaine. Nous la considérons comme don de Dieu. Par elle, Dieu lui-même vient à la rencontre de l’humanité, attentif à chacun dans sa singularité.

6. L’Église partage une vérité qu’elle ne possède pas, et qu’elle recherche avec passion. En Jésus le Christ, elle est ouverture au prochain et renvoie, bien au-delà de ses propres insuffisances, au don gratuit de Dieu, à la beauté de sa Parole : à la merveille de sa grâce.

Contre un relativisme qui consisterait à penser que tout se vaut, nous assumons l’emploi du terme de vérité. Parce qu’elle est toujours au-delà de ce que chacun peut en saisir, la vérité est d’abord recherche et partage. L’Église vit de cette affirmation : « Ma grâce te suffit », ce qui la libère de toute tentation d’autosuffisance et de tout esprit de conquête.

Dire Dieu porte à la louange. C’est pourquoi la finale du texte ne s’interdit pas d’exprimer la jubilation de la foi. La gloire de Dieu y apparaît comme une merveille, c’est-à-dire qu’elle reste, au milieu des fragilités et des douleurs de ce monde, un paradoxe. Mais ce paradoxe, celui de la croix, ne nous plonge pas dans une incertitude inquiète. Il a la tonalité d’une bonne nouvelle, joyeuse et assurée, qui nous incite à aller de l’avant. Aussi le double sens du mot « passion », négatif et positif, annonce-t-il celui qui nous rejoint dans notre mort et nous précède dans notre vie.

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2 Réponses à “Vers une nouvelle Déclaration de foi – Document de travail de l’Eglise Protestante Unie de France”

  1. pierre manivit dit :

    deux commentaires courts sur la proposition :
    – la notion de mystère ne peut elle pas être évoquée ? elle est sous-jacente dans le 6e paragraphe , non explicitée …il est vrai qu’on ne peut tout dire : ce que je veux exprimer est que l’homme ne sait pas tout .
    – est ce la place , ou et est il judicieux d’introduire le mot d’interreligieux : l’idée étant de vouloir ouvrir une porte , ne pas laisser entendre que hors de nous , pas de salut , ou pour dire autrement ouvrir contre le fanatisme et les crispations .
    Cordialement .

  2. christiane Poher(manosque) dit :

    à la partie 2 de la déclaration, j’ajouterais pour plus de clarté et surtout de certitude: »témoignage UNIQUE
    et décisif ……. Elle y puise sa certitude que, sans AUCUN mérite de notre part…..

    à la partie 6 le mot « renvoie » fait automatiquement penser à ‘ »renvoyer »= refus, malvenu ici; peut-être remplacer par « rappelle », ‘assure de », « rend témoignage… »

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