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Lutin et Calvaire, le journal des étudiants de l’Institut Protestant de Théologie

Question d’un visiteur :

J’aimerais vous poser une question, ne pensez-vous pas que la Théologie dans son ensemble, avec ses courants si divers, ses points de divergences (entre telle ou telle conception de l’interprétation), avec sa science qui parfois est incompréhensible pour le « commun des mortels », avec toujours cette soif de rechercher ce qui finira toujours à un moment par nous échapper, ne finit pas par desservir la foi , tout du moins par « l’ébranler » ….pensez vous qu’il soit toujours utile pour plus de compréhension ( via cet outil qu’est la théologie, dans son sens le plus large ) d’élaborer , encore et encore ce genres de « systèmes » ( et de sans cesse s’y référer) ce qui à mon sens , bien qu’utile certes a atteint ses limites ( il suffit de s’apercevoir des débats houleux entre théologiens ).

amitiés fraternelles.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur,

A mon avis, ce serait vraiment dommage que la théologie désespère quiconque. Elle peut au contraire être une nourriture pour notre cheminement, grandissant avec notre propre stature.

Mais pour cela il faut lui trouver sa juste place, ni trop élevée ni trop basse, juste comme un moyen utile pour vivre et pour témoigner. Juste pour stimuler notre vie, l’approfondir, l’affiner. C’est ce qu’essaye de mettre en place l’apôtre Paul par exemple dans ce fameux hymne à l’amour de 1 Corinthiens 13. Alors la foi est géniale, ébranlant nos certitudes trop ancrées (devenues des idoles, des grigris ou des doudous), et confortant l’essentiel, nous réconfortant.

Il est donc normal qu’il y ait une variété de théologies et une évolution de notre théologie, car une personne à un moment donné a besoin de Dieu comme Père, tantôt de Dieu comme mère, ou comme ami, ou comme roi ou comme créateur, et bien d’autres encore. Mais il n’y a effectivement pas lieu de se disputer pour cela. Ou alors c’est que nous avons besoin de plus prier pour sentir que Dieu est et restera toujours infiniment plus élévé que nos interprétations, leur échappant sans cesse. Si nous nous disputons, c’est que nous avons encore besoin de plus de théologie, pas moins, et plus de bonne théologie, une théologie humble devant Dieu et devant nos frères et sœurs, une théologie au service de ce qui est vraiment l’humain (au sens où Christ est l’humain) et au service de la réconciliation entre les humains.

Ce récit de la Genèse décrit bien, avec cet histoire d’Adam, Eve et le serpent qui parle, cette arrogance de l’homme qui prend sa propre pensée pour supérieure à Dieu. C’est aussi une image du croyant fou, du théologien pensant toucher le ciel avec son interprétation de la Bible, de Dieu et du monde. Interprétation qu’il pense être la seule valable.

Au contraire, nous dit Paul, pourtant formidable et inlassable théologien :

Même si je parlais les langues des hommes et des anges,
si je n’ai pas l’amour, je suis une cloche qui résonne ou une cymbale qui retentit.
Même si j’avais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance,
Si j’avais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes,
si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien.
Même si je distribais tous mes biens pour la nourriture des pauvres,
même si je livrais mon corps pour être brûlé,
si je n’ai pas l’amour, cela ne me sert à rien.
L’amour est patient, l’amour est serviable, il n’est pas envieux ;
l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil,
il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt,
il ne s’irrite pas, il ne médite pas le mal,
il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ;
il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.
L’amour ne meurt jamais.
Que ce soient les prophéties, elles seront abolies ;
les langues, elles cesseront ;
la connaissance, elle sera abolie.
Car c’est partiellement que nous connaissons ;
c’est partiellement que nous prophétisons.
Mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel sera aboli.
Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant,
je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ;
lorsque je suis devenu homme, j’ai aboli ce qui était de l’enfant.
Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, d’une manière confuse,
mais alors, nous verrons face à face ;
aujourd’hui je connais partiellement,
mais alors, je connaîtrai comme j’ai été connu.

L’apôtre paul, dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, chapitre 13

Une théologie motivée par l’amour, nourrie par l’amour de Dieu et s’en inspirant, une théologie qui a conscience qu’elle ne voit que de façon confuse, qu’elle ne sera toujours que partiellement vraie. Alors le croyant peut faire de la théologie sans tuer Dieu en lui, et sans tuer son frère, sa sœur.

Amitiés

pasteur Gaspard de Coligny

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4 Réponses à “Question : Est-ce que la théologie, avec ses chicanes, ne finit pas par désespérer le croyant ?”

  1. gabbianelli dit :

    Bonjour Monsieur,
    Comment faites-vous pour prêter tant d’attention à Paul?
    Ce qui me dérange ce ne sont pas les élucubrations de cet homme qui n’a jamais connu Jésus c’est le silence assourdissant de tous les apotres qui ont réellement partager sa vie.
    Comment cet homme a-t-il pu prendre autant d’importance? Je n’en reviens pas?
    Je trouve Pierre plus sympathique, plus crédible parce que moins donneur de leçons.
    Quand on a traqué et persécuté les premiers disciples de Jésus comme l’a fait Paul, un peu à la manière des SS ou de la gestapo sous l’occupation, la moindre des choses serait d’avoir la dignité de se taire ou de nous faire une belle lettre sur tous les actes qui a commis
    Ceci dit j’apprécie votre site et sa qualité

  2. Cher Monsieur
    Je reconnais que Paul n’est pas toujours sympathique. Certaines de ses pages sont extrêmement rudes à lire, et je ne me prive pas de critiquer certains de ces versets qui ont fait beaucoup de mal, ou dont le manque de recul de certains commentateurs ont fait beaucoup de mal. Mais il y a aussi des pages des lettres de Paul qui sont vraiment extraordinaires. Dont cette page sur la foi, l’espérance et l’amour. C’est comme tout, il est utile dans la vie de faire preuve de bienveillance, pour garder le meilleur de chacun et passer par dessus ce qui ne va pas chez l’autre. Et c’est aussi une juste façon de regarde les œuvres des autres, car c’est ainsi que Dieu nous regarde et nous aime.
    Voir par exemple http://blog.oratoiredulouvre.fr/2014/07/question-la-place-de-la-femme-apres-les-celebres-versets-de-lapotre-paul/

    On a bien évidemment le droit de préférer l’apôtre Pierre. Ses lettres ne sont pas inintéressantes, mais bien moins riches quand même, ou en tout cas on bien moins inspiré les croyants au cours des millénaires passés. Les lettre de Jean sont très inspirantes aussi, en tout cas la première. La personnalité de l’apôtre Pierre est assez complexe, car il était chaud bouillant, apparemment, le premier à faire une magnifique confession de foi, le premier aussi à faire le fanfaron devant Jésus au point d’oser même se placer en supérieur de Jésus à plusieurs reprises. Dans le livre des Actes, nous le voyons bien commencer, et c’est génial. Il entraîne bien les disciples de Jésus à sa suite. La suite est apparemment bien plus problématique, au point qu’il est réduit à l’état de simple missionnaire sous les ordres de Jacques « le frère du Seigneur » et tremblant devant son autorité, au point d’en devenir hypocrite. Que s’est-il passé, qu’a fait Pierre de terrible pour être rétrogradé par la première communauté chrétienne de premier des apôtres à sous apôtre ? Peut-être qu’il s’est un peu trop pris pour le chef, justement, confondant sa propre vision et l’Esprit-Saint lui-même ?
    Voir https://oratoiredulouvre.fr/predications/il-est-parfois-criminel-de-confondre-son-eglise-et-le-saint-esprit-ananias-et-saphira.php

  3. gabbianelli dit :

    Monsieur,
    Merci de m’avoir répondu!
    Je ne vais pas polémiquer car à vrai dire ce que je cherche surtout c’est sur quels textes m’appuyer pour retrouver un lien avec le christianisme. Et honnêtement Paul je n’y arrive pas.
    J’aime bien Pierre, pas pour ces écrits mais parce que justement il a failli, parce qu’il était humain tout simplement, comme tous ceux qui se sont enfuis du jardin de Gethsémané.
    mais c’est une chose « d’être une grande gueule », une autre d’être un tortionnaire et d’avoir ravagé des générations et des générations avec cette histoire de faute et de péché originel.
    Qu’il se soit fait virer parce qu’il se prenait pour le chef à vrai dire m’importe peu, ça n’a malheureusement pas été le seul! Disons que ce fut le premier et un des rares qu’on ai pu « virer ».
    J’aurai aimé quand même avoir son témoignage, ainsi que celui de tous les apotres, même maladroit, même « mal écrit » ou peu élaboré, j’aurai aimé avoir celui de Joseph et de Marie ses parents! Celui de joseph d’arimathée, le seul qui se soit démené pour décrocher Jésus de cette croix ignoble et scandaleuse,
    de Marie de Magdala, bref quels « témoignages » a t on réellement?
    A commencer par Jesus lui-même, qui n’a rien écrit et c’est bien dommage!
    Je ne supporte pas cette croix. Comment peut-elle être un symbole d’amour? Pourquoi est-il resté dans ce jardin à attendre une mort certaine?parfois je pense à Socrate.
    la résurection qu’est ce que c’est au juste? pourquoi n’est-il pas « apparu » au yeux de tous?
    devant le Temple, par exemple?
    Comment faites vous dans tous ces textes pour être sur que c’est bien Jésus qui a dit ou fait telle ou telle chose?
    Il ya des éléments de réponses sur votre site et ils sont intéressants mais voila malheureusement je crois que je n’ai pas »la foi »! Et pourtant je lis souvent ces fameux évangiles, je lis aussi beaucoup ce que vous appellez « l’ancien testament ».
    je crois qu’il y a une main tendue dans le ciel, tendue pour tous et qu’elle se fout complétement que vous croyiez en elle ou pas.
    Cordialement.
    Louis

  4. Ce que vous montrez de votre recherche… je l’appellerais tout à fait de la foi (sans vouloir vous manquer de respect avec ce qui pourrait sembler comme de la récupération, mais qui est en réalité très sincère).

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