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Marc Pernot le 31 juillet 2016

prédication du pasteur Marc Pernot
pour le dimanche 31 juillet 2016

La Bible est pleine de violences, ce qui est bien normal car la Bible nous parle de notre monde et de nous-mêmes, montrant ce qui est très bon, et montrant aussi ce qui est horrible.

Que nous dit-elle d’utile sur la violence, notre Bible ?

Une lecture au pied de la lettre n’apporte pas grand chose de bon car il existe des versets qui légitiment la violence, l’élimination des méchants & même les massacres de masse. D’autres versets sont totalement pacifiques, comme le « Tu ne tueras pas », sans condition, de Moïse ; comme le « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous persécutent… » de Jésus. Il n’est donc pas possible de lire la Bible comme une somme de commandements à suivre sans réfléchir, bien entendu. Mais avec les questions qu’elle nous pose, elle est comme un miroir nous permettant de voir ce que nous sommes, elle apporte comme des pistes pour vivre autrement, et une invitation à recevoir l’aide de Dieu.

La violence commence dès le premier récit de la Genèse, avec Adam et Ève voulant se faire à l’égal de Dieu. Être violent est toujours prendre un peu la place de Dieu. La violence va se manifester dans l’hypocrisie d’Adam et Ève rejetant leur faute sur les autres. La première violence mise en scène dans la Bible est ainsi toute simple, elle est intime et domestique. Vis à vis de Dieu et vis à vis de nos plus proches et donc de nous-mêmes. Cela attire notre attention sur la banalité de la violence et de ses racines, de ses mécanismes en nous. Jésus le confirme quand il dit que la colère et l’injure est déjà une sorte de meurtre (Matthieu 5:21-22). Cela nous renvoie à nous-mêmes pour lire ces récits fantastiques de la Bible comme parlant aussi un peu de nous et de notre monde.
C’est utile, car il n’est pas facile d’accepter notre violence.

Nous voyons Adam et Ève tenter de se justifier et de renvoyer la responsabilité sur un autre. Nous sommes comme cela, pas trop fiers de nous quand nous faisons preuve de violence comme si quelque chose en nous sentait que cela n’est pas beau. Et du coup nous cherchons à nous justifier. Cela se retrouve par exemple dans les assassins du pauvre prêtre disant qu’ils faisaient cela parce que la France bombarde la Syrie. Ce à quoi notre président de la république répond que nous bombarderons encore plus la Syrie et enverrons plus d’armes parce que ce sont eux, les islamistes, qui ont commencé, et que nous sommes en guerre… Mais chaque violence répond ainsi et légitime finalement la violence de l’autre. Et il y a de toute façon toujours des violences qui nous ont précédées…

… suite du texte ici


(début de la prédication à 14:10)

film : Soo-Hyun Pernot

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4 Réponses à “Prédication : Le chrétien face à la violence (Genèse 3:1-13 – Genèse 4:5-15 – Matthieu 10:16 – Luc 14:27-32)”

  1. jean dit :

    Je suis pour la non violence et préfère éviter les actes violents. Car c’est par la non violence que l’on arrive a un pays et un monde heureux.

  2. Visiteur dit :

    Merci pour votre homélie de dimanche dernier. J’ai apprécié son extrème actualité et la pluralité des références bibliques.

    Vous nous avez conduit de la lucidité nécessaire sur notre propre violence à une réflexion sur l’inefficacité de cette dernière et un appel à une imagination du dialogue pour un vivre ensemble en paix et tolérants.

    je vous fait néanmoins part de ma réaction sur deux passages de votre propos et souhaite poser une question.

    Vous avez dit – – –  » en cela à la douceur, à la tendresse de ce Dieu en qui nulle violence ne se manifeste ni ne se manifestera jamais contre nous, ni contre quiconque- –  »

    Même à l’Oratoire même en théologie libérale avancée ou l’on a déconstruit le dieu pharaonique violent puissant compris par le premier testament une telle affirmation semble fausse sans un détour explicatif d’un relookage du divin repensé par la médiation de Jésus le Christ.

    J’ai tiqué aussi sur » l’exemple de Michel Rocard et de son équipe pour dénouer une crise extraordinairement violente en Nouvelle Calédonie » capables » de solutions inouies ». Certes je me souviens qu’il a su sortir de l’affrontement mortifère, et c’est effectivement tout à son honneur mais après seulement un affrontement qui fit au moins la mort d’un gendarme. Il y a eu violence et rapport de force mais intelligence et coeur de stopper l’engrenage de destruction. Il y avait je crois une volonté commune de préserver la vie en paix respectant les interets des deux parties.

    Dans le situation actuelle avec Daesh cette volonté commune d’une paix nécessaire pour vivre ensemble n’est pas partagée. Nous sommes dans un rapport de force qui est de l’ordre de l’extermination du génocide. Voir l’article du psychiatre deTélérama de cette semaine. Certes il faut faire preuve d’imagination mais surtout d’une lucidité nouvelle sur la situation. je vous fais suivre un lien qui propose un autre élément de compréhension de la violence des terroristes.

    J’en reviens à vos deux phrases que je juge partiales car non contextualisées. Elles font perdre de la force à l’ensemble de votre argumentaire pour sortir de la mauvaise piste mortifère de la violence. Mais cela est un point de vue sur le discours à tenir.

    Ma question est pragmatique et « vitale » quelle attitude peut m’inspirer le lecture de la Bible face au violence génocidaire d’Hitler, de Pol Pot des hutus et de daesh ?

    Je crois que vous organisez à la rentrée un cycle théologico philosophique peut on se poser la question à plusieurs comment résister à la violence de notre époque? comment se protéger de l’envie de se venger? comment vivre avec cette menace du crime de masse.?

    Bonne Journée

  3. Bonjour

    Mil mercis pour ce dialogue.

    J’hésite toujours à donner des exemples. Dans un sens cela invite à incarner la pensée en faisant le lien avec notre vie et notre actualité, en même temps cela affaiblit l’argumentaire et on se retrouve vite piégé dans les partis pris idéologiques clivants. Et puis ces discussions sur l’actualité sont souvent au raz des pâquerettes et nous essayons au cours du culte, de placer notre questionnement à un autre niveau, préparant ensuite nos prises de positions morales individuelles. D’habitude, j’évite donc, et cela m’a échappé dimanche.

    Pour la NouvelleCalédonie, oui, il y a eu affrontements avec la mort de gendarmes et le massacre de la grotte. Précisément, je trouve incroyable que l’on ait pu sortir de cet engrenage. Ensuite, il est certain que la situation de la Nouvelle Calédonie est complexe et qu’aujourd’hui encore la situation n’évolue pas si bien que cela, aies je entendu dire.

    En ce qui concerne l’islamisme, ce n’est certes pas avec des bons sentiments et des paroles douces que nous nous protégerons de ces fous. C’est effectivement un des points de ma prédication. Mais c’est un cas général, il convient déjà de balayer devant sa porte et de ne pas voir que les torts de l’autre. Avec pragmatisme et lucidité. C’est un peu le second point de ma prédication. Nous avons certainement une responsabilité passée dans cette violence (ce qui ne l’excuse nullement). Ensuite, la question est de savoir comment ne pas entrer (ou sortir) d’un cycle de violence. Déjà, il me semble que répondre à un attentat en disant que nous allons plus bombarder est la pire des réponses possibles, en tout cas en terme de communication, et à tous points de vue.

    En ce qui nous concerne, nous, petits citoyens de base, il me semble que l’attitude de base que peut m’inspirer la Bible est ainsi une recherche de lucidité, de sincérité. Ensuite, oui, il est bon d’avoir une recherche d’invention de gestes et de paroles qui fassent avancer les choses, une visée supérieure. Il n’y a pour cela pas de recette toute faite. Des gestes doux, de parole et d’action, des gestes de violence défensive et offensive, peut-être, des pardons et des demandes de pardon, des réparations et des projets inouis… tout est à inventer au cas par cas par nous tous, à notre niveau. Que souffle l’esprit, que chauffent les cœurs, que brille l’intelligence, que les coudes se serrent, que les langues se délient…

    En tout cas, merci pour cet échange.

    Amitiés ++

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