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Le Caravage, «Saint François en méditation», vers 1602

Le Caravage, «Saint François en méditation», vers 1602

Question d’un visiteur :

Bonjour,
Je suis une jeune femme protestante et avant de vous poser ma question, j’aimerais vous remercier pour votre site que j’apprécie beaucoup.
Certaines personnes se disent spirituelles, mais pas religieuses. On entend parler d’une spiritualité sans dieu, sans religion…
Religion et spiritualité sont deux mots différents, parfois confondus. Pourtant j’ai l’impression qu’ils sont intimement liés. Pour moi quelqu’un qui se dirait religieux et n’aurait pas de spiritualité serait assez éloigné de la religion… Je pense que la religion a besoin de spiritualité. Mais inversement, si la spiritualité est présente dans la religion, a-t-elle besoin de cette dernière pour exister ?
Si on considère que la spiritualité est une quête personnelle, un chemin individuel, un travail sur soi-même, on peut s’imaginer qu’elle soit le choix de quelqu’un, même sans Dieu. Dans cette optique, quels sont alors les « avantages » d’une spiritualité religieuse (par opposition à une spiritualité sans dieu) ?
Je serais ravie d’avoir votre avis sur cette thématique, dans un temps où les religions traditionnelles ont tendance à perdre du terrain et la spiritualité athée à prendre de l’essor.
Cordialement

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Mil mercis pour les encouragements en ce qui concerne le site !

Vous avez tout à fait raison de distinguer le spirituel, la foi et la religion.

La religion est un exercice de musculation pour notre réflexion et notre foi. La religion est en partie communautaire (en particulier le culte, les formations, discussions…) mais aussi intime (la prière, la réflexion, la lecture…). A chacun de choisir ses activités, son rythme, le dosage entre les activités collectives et privées.

Certaines personnes identifient foi et religion, cela me parait effectivement un peu dangereux, et aliénant. Dans notre sensibilité protestante, nous faisons bien la distinction, et insistons sur la plus grande sincérité et intériorité, relativisant les rites et l’institution de l’église. Nous faisons bien attention à ce que le sommet de ce que l’on vit ne soit pas à l’église, mais que cela puisse être dans notre cœur et dans notre tête, dans notre vie, notre cheminement, notre croissance.

Pour nous, chrétien, la spiritualité est une ouverture à Dieu, une recherche de Dieu, parfois un contact avec Dieu. Pour un athée, il est possible d’avoir des temps de méditation aussi. Mais pour nous, c’est une méditation devant Dieu, ou dans l’espérance de Dieu. Mais il n’y a pas de frontière étanche entre les deux.

Quel avantage alors d’être dans une spiritualité avec Dieu plutôt que sans Dieu ? A mon avis elle est immense :
D’abord, ce qui est certain, c’est qu’en s’ouvrant à Dieu, nous bénéficions de l’immense champ de la théologie, entrons en débat avec des millénaires de textes, de débats, de prière, d’expressions artistiques. Un trésor accumulé depuis des centaines de générations.
Ensuite, il me semble sain (sans t) d’avoir une spiritualité qui reconnaît qu’il y a une dimension de transcendance qui nous dépasse, et même plus que cela : une autre dimension, une source en amont de tout ce qui est bon et beau, et une dignité qui dépasse toute question de performance de notre être.
Enfin, et non des moindres, la différence entre une spiritualité sans Dieu et une spiritualité avec Dieu, c’est… Dieu. Je suis convaincu (et ne suis pas tout à fait le seul) qu’il est effectivement une source d’évolution dans le monde, depuis l’aube de l’univers, en encore maintenant, particulièrement dans l’humain. La spiritualité chrétienne est alors pas seulement une recherche de progression personnelle, c’est cette ouverture confiante à Dieu qu’est la prière, c’est une recherche délibérée de bénéficier de l’aide de Dieu, c’est un modeste mais opiniâtre effort de progresser dans la cohérence entre ce Dieu et notre pensée, nos paroles et nos actes…
Mais je ne pense pas que la spiritualité chrétienne perde du terrain aujourd’hui. Bien au contraire. Il y a un important mouvement de jeunes adultes qui demandent le baptême dans l’Oratoire du Louvre (et pas seulement, j’en suis certain). Ils ont une qualité d’intelligence et de foi, de sincérité et de liberté, de solidarité… qui est impressionnante. Cela me rend optimiste pour l’avenir de l’humanité et de ce monde.

Avec mes amitiés

pasteur Marc Pernot

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Une Réponse à “Question : Religion VS spiritualité avec ou sans Dieu ?”

  1. Anthyme dit :

    Bonsoir Madame.

    J’ai été sensible à votre interrogation concernant « spiritualité » et « religion », où je commets peut-être l’erreur de retrouver celles de Dietrich Bonhœffer concernant ce qu’il appelait une « interprétation non religieuse des notions bibliques », conséquence obligée de l’évolution d’« une forme occidentale du christianisme » qu’il voyait comme « le porche d’une irréligiosité complète » [cf. sa lettre du 30 avril 1944].

    À mon humble avis, le chemin entrouvert à l’époque par Bonhœffer implique un indispensable travail de redéfinition du « religieux », sans quoi celui qui l’emprunterait s’exposerait assez vite à devoir renier le fondement de sa recherche.

    C’est la raison pour laquelle je pense que ce chemin est impraticable par quiconque reste attaché aux oripeaux de ce qu’on appelle communément « une profession de foi » ; et donc pourquoi il m’apparaît tout à la fois interdit aux dévots, mais également offert aux mécréants ; donnant à Luc 10:21 et surtout à Ésaïe 65:1 un éclairage contemporain.

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