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Affiche du fil "le fils de Jean"Le film Le fils de Jean, sorti le 31 août 2016 sur les écrans en France, réalisé par l’excellent Philippe Lioret et avec le non moins excellent Pierre Deladonchamps (déjà remarquablement aperçu dans L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie et actuellement à l’affiche dans Éternité de Tran Anh Hung), fait partie de ces films qui ne font pas envie au plus grand nombre parce qu’ils sembleraient trop intellectuels. Il est pourtant de toute beauté et laisse à s’interroger sans être inaccessible.

Synopsis : Mathieu, un Parisien banal, qu’on devine divorcé, père d’un enfant, dont la vie semble passer sans histoire et sans passion, apprend que son père biologique qu’il n’a jamais connu vient de décéder au Québec et que ce dernier avait deux autres fils. Il décide de s’y rendre pour assister aux funérailles mais surtout pour rencontrer ses deux demi-frères. Mathieu sera accueilli par Pierre, le meilleur ami du défunt Jean.

L’absence est le thème principal de ce long-métrage. Absence de passion, absence de racine, absence d’histoire personnelle. Puis le départ pour le Canada, ce pays immense et inconnu et pour une grande partie vide de civilisation humaine et laissant la place à la nature qui garde ses droits. L’absence, encore, de corps à enterrer (faute de l’avoir retrouvé). Enfin, l’absence d’émotion entre notre Mathieu et Pierre le meilleur ami de son père qui l’accueille à l’aéroport et s’occupe de lui durant son séjour. Devant l’absence de dialogue imposée par Pierre (personnage plutôt froid), Mathieu insiste et cherche à construire son histoire en rencontrant ses deux demi-frères, en allant sur les lieux de vie de Jean, son père.

Le film est servi par une distribution charmante, entre autres Pierre Deladonchamps et Gabriel Arcand qui à eux deux jouent une pudeur et une délicatesse qui laissent le spectateur s’émouvoir au fur et à mesure du film, mais seul et grâce à sa compréhension. Ce n’est pas de l’émotion évidente qui cherche à faire pleurer. Le réalisateur, Philippe Lioret, semble s’amuser à garder les scènes objectives pour qu’elles ne deviennent pas trop facilement émouvantes.

Cette manière de montrer les choses peut rappeler dans un style tout à fait différent le film Amour de Michael Haneke sorti en 2012. Dans la relation entre le film et le public, le réalisateur laisse toute l’émotion se créer dans la compréhension du spectateur. Chacun ensuite y colle son vécu et sa sensibilité.

On sait que le choix du réalisateur pour les prénoms des personnages d’un film n’est jamais anodin. Lors du passage de Pierre Deladonchamps dans l’émission On n’est pas couché, Yann Moix, chroniqueur, disait très justement que le titre du film pouvait s’entendre comme un jeu de mot significatif. « Le fils de Jean », homonyme de « Le fils de gens ». Si on ne précise pas le fils de qui on est, on devient alors le fils de tout le monde, donc de personne. Ajoutons que le prénom Jean est plutôt classique et très répandu dans le monde francophone pour la tranche d’âge concernée. Le titre devient alors une référence à la notion universelle de la recherche de sa propre histoire. Notion à laquelle tout le monde s’identifie.

Ce vide personnel, encore, permet au protagoniste Mathieu de créer son histoire à partir d’éléments aussi bien réels que fantasmés. Comme si du vide naissaient l’existence et le sens.

 

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