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Question d’un visiteur :

Bonjour !

Je viens de lire un article du Point selon lequel l’Église catholique et 500 personnes ont demandé pardon pour le massacre des cathares, considérés comme hérétiques au XIIIe siècle.

Cette démarche de pardon collectif m’interroge. Ce n’est pas la première fois que l’Église catholique demande pardon pour des massacres : à Paris, une démarche semblable avait eu lieu s’agissant de la St Barthélémy. Ailleurs, on regrette l’Inquisition, les chasses aux sorcières, on réhabilite Galilé à titre posthume… C’est comme si nos communautés actuelles portaient le poids du péché, de la culpabilité d’hier. On peut condamner ces actes, les trouver regrettables, ou mieux, en tirer des leçons pour notre temps. Une démarche de réflexion sur ces faits est utile mais est-ce nécessaire de demander pardon pour autant ?

Cela me semble contraire à ce que dit Ézéchiel lorsqu’il critique le proverbe « Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants ont été agacées » (Ézéchiel 18). Notre propre responsabilité est bien suffisante à porter pour qu’on y ajoute celle de ceux qui nous précèdent ! Éventuellement, si responsabilité collective il devait y avoir, elle ne pourrait être qu’une responsabilité relative à nos actions actuelles, nous faisant regretter individuellement ce que nous sommes incapable de faire collectivement comme l’accueil de nos frères et sœurs étrangers, réfugiés en France. Je pense que le péché, son regret et l’acceptation du pardon divin accordé gratuitement n’ont de sens que s’ils font échos à la façon dont nous conduisons actuellement notre vie : il n’y a que notre cœur qui puisse s’ouvrir à Dieu. Je ne me sens pas responsable pour le massacre des cathares. Demander aujourd’hui pardon à Dieu pour ce fait me paraît au mieux anachronique, si l’on demande pardon pour une communauté ; au pire contraire au message de Dieu, dont la grâce surabonde là où le péché a abondé, s’il s’agit de demander pardon pour ceux qui ont commis ces actes.

Qu’en pensez-vous ? Existe-t-il un péché collectif qui appellerait un pardon collectif ? Ce pardon collectif peut-il ou doit-il être étendu aux péchés du passé ? Est-ce utile de demander pardon pour autrui, a fortiori s’il est mort ?

Merci pour votre réponse 🙂

Amitiés,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour

Il y a un très beau livre qui traite de ce sujet d’une manière profonde, et non superficielle : « Les fleurs de soleil » de Simon Wiesenthal.

Je comprends ce que vous voulez dire sur la responsabilité. Néanmoins, je pense personnellement que ce genre de démarche de repentance est fort utile.

Cela ne me semble pas aller contre la parole d’Ezéchiel que vous citez, au contraire. « Les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants ont été agacées » (Ézéchiel 18) souligne combien le mal que nous commettons et que nous subissons marque aussi les générations suivantes. Aussi bien les enfants des bourreaux que les enfants des victimes. Il n’est donc pas inutile de travailler sur ces plaies et de les soigner. La mémoire, la repentance, le pardon participent à ce travail.

Dans l’Evangile, il y a une forte insistance pour la fin de la logique de la dette. Jusque dans la prière du Notre Père que nous enseigne Jésus, en effet, le « pardonne-nous nos offenses… » est littéralement cela, une libération de la logique de la dette. Et la notion même de grâce de Dieu signifie que Dieu n’est plus dans cette logique de la dette mais dans celle de l’amour. La question de la faute n’est donc pas du tout celle de la culpabilité, de la faute qui engendrerait une dette dont nous serions redevable. Mais celle du mal qui trouble l’univers et que nous sommes appelés à soigner. La question de la repentance et du pardon est un travail non pas tant pour régler le passé mais bien pour régler les troubles du présent.

C’est le premier point. Mais il y a encore autre chose. En travaillant sur les fautes passées, nous faisons peut-être attention à repérer les traces de la même logique mauvaise dans notre propre existence. On apprend ainsi du passé. Sinon il faudrait tout réinventer. Cela demande certainement un effort pour l’église catholique de reconnaître les fautes contre Galilée, contre les protestants, ou je ne sais qui d’autre. Cela leur demande un effort et chemin faisant cela change leur regard sur leur propre église, faillible, parfois pécheresse et aveugle. Du coup, le pape actuel aura peut-être une autre attitude après ce travail de mémoire qu’avant, et sera moins enclin à avoir la même attitude. Et les protestants qui se sentiraient rancuniers vis à vis des persécutions d’il y a trois siècles (j’en connais, malheureusement), cette démarche de l’église romaine peut aider à un cheminement positif.

Mais cette démarche de commémoration des plaies passées, soit pour en faire mémoire, soit pour une parole de repentance, peuvent avoir une dimension publicitaire, ce serait alors plus néfaste que bienfaisant ? Tout dépend donc dans quel état d’esprit on se place pour ces actions et pour les recevoir.

Personnellement, je cherche à prendre tout geste de gratitude ou de repentance de la façon la plus bienveillante et positive qui soit.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur

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