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Denis Guénoun à l'Oratoire du Louvre le 27 novembre 2016

prédication du professeur Denis Guénoun
pour le dimanche 27 novembre 2016

Chères sœurs, chers frères – peut-être devrais-je dire : adoptifs ?, parce qu’en vérité je ne suis pas né dans la famille, mais j’ai eu la fortune, et la joie, d’y être accueilli. Ne croyons pas pourtant que ce mot, « adoptifs », introduise une restriction. C’est une bien belle fraternité que l’adoptive. Peut-être la plus belle. Ou la vraie. Les textes anciens, que nous essayons d’entendre ici chaque semaine, regorgent d’exemples de frères nés du même père, de la même mère, qui spolient leur benjamin ou leur aîné, se disputent un héritage ou un amour, se tourmentent, se malmènent, se vendent, se tuent. Alors adopter, c’est sans doute reconnaître le frère ou la sœur comme frère ou sœur, l’accueillir, comme on adopte l’enfant, et surtout se conduire en conséquence. L’adoption, n’est-ce pas cet acte d’ouverture, du cœur, qui rend la fraternité effective, et donc ce qu’il faut à toute fraternité pour devenir réelle ? Adopter, n’est-ce pas recevoir, garder (être le gardien de son frère, de sa sœur) – et donc, en vérité, aimer ?

Mais, nous le savons, chaque fois que nous recevons la grâce d’une adoption, à l’envers de la joie se glisse une inquiétude : qui suis-je, pour en bénéficier ? N’y a-t-il pas erreur sur le destinataire ? Je pouvais tellement la sentir, cette question, à l’instant, en montant les marches qui conduisent à cette chaire, avec effroi, et en me demandant comment j’allais arriver jusqu’en haut. Qui suis-je, pour monter ces marches ? Moïse se l’est posée aussi.

Dans cette séquence, il n’est pas chez lui. Il n’est jamais chez lui, d’ailleurs, Moïse, où qu’il soit. Enfant, il est abandonné, confié au fleuve. Adulte, il vit chez des étrangers. Sa fuite ne le ramène pas à demeure, mais le laisse des décennies sur la route, en plein désert. C’est l’éternel déplacé, Moïse, l’adopté par excellence. Ici, adopté par les Madianites, peuple allogène, et par leur prêtre qui lui permet même d’épouser sa fille. Il fait ce qu’on lui demande, le berger, fait paître le troupeau d’un autre.

Il ne suit pas la route. Il fait dévier les bêtes, jusqu’au mont Horeb – Sinaï, Montagne de Dieu. À peine arrivé, lui apparaît le messager du Seigneur. Mais ce n’est pas si simple. Le texte multiplie les noms, comme un jeu de piste, pour nous perdre en chemin. On ne sait pas bien qui ou quoi apparaît. Et d’ailleurs le messager n’est pas désigné comme celui d’Elohim, dieu de la Montagne, dont on vient de parler, mais – de quoi ? D’un nom qui manque, un symbole, quatre lettres comme un carré, imprononçables. Comme présentation, c’est tordu. Que fait l’apparition ? Elle appelle. Moïse, par son nom. Là, pas d’équivoque. Moïse répond. Je regrette un peu la traduction par « Je suis là ». Car la tradition donne « Me voici ! ». Et j’aime cette réponse. Emmanuel Lévinas, philosophe, a fait de ces mots le motif d’une méditation, sans cesse reconduite. Il y a de quoi.
… suite du texte ici


(début de la prédication à 09:20)

film : Soo-Hyun Pernot

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