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Question d’un visiteur :

Bonjour Marc

Merci de votre accueil et votre grande disponibilité. Je vous ai quitté avec cette question « qui est mon prochain ? De qui serais je le prochain ?
Quels sont les visages qui me convient, me questionnent, m’appellent ?

Cette question en amène toujours une autre pour moi (parce qu’elle vient si souvent) : à quoi suis je sourde ? Endormie ? Inconsciente ? Quel voile d’invisibilité obstrue alors mon regard, aliène ma pensée, mes actes, mes sentiments, mes paroles ?

En quittant l’oratoire, je suis allée dans un café regarder le monde bigarré de Paris. Tous ces gens qui s’installent, discutent, commentent, courent, se rencontrent, se croisent. A la nuit venant sous la pluie, j’ai remonté l’avenue de l’Opéra. C’était l’heure de la fermeture des magasins. Dans les porches, les encoignures s’installaient alors, sur des cartons, des familles de réfugiés : parents, enfants, bébés…. L’opéra était comme un phare aveuglant… Les voitures filaient. J’entendais le cri muet, les larmes retenues de tous ces exilés, J’étais bouleversée – seulement- de ce que je vivais dans ces instants sans pouvoir ni donner rien de bon, ni faire du mal d’ailleurs… entre- choquée en moi même dans tout ce charivari d’émois, de peurs, d’impasses intérieures, débordée, passive, inutile.

J’ai continué mon chemin vers mes enfants avec qui j’avais rendez vous. J’ai pris le métro avec cette misère dans mes yeux, dans mon être. Mes enfants, m’ont emmenés dans un café bar où mon fils deuxième travaille pour son autonomie. Un café rempli d’une jeunesse nantie : de culture, d’argent, de certitude, d’avenir, de joie, d’amitié, de projets, d’espoirs.

En rentrant dans ma petite maison, j’ai trouvé mon journal Le Monde que j’ai ouvert d’un mouvement vif juste à la page du mémorial du massacre du 14 juillet : j’y ai appris d’un seul coup d’un seul : la mort de meilleure amie de Lycée, de son mari, de son 6ième enfant et de l’état grave de deux de ses autres enfants. Je l’avais perdue de vue depuis nos 20ans. Elle est devenue la femme qu’elle était déjà adolescente : très engagée…. Toutes nos années d’adolescence, nos secrets, nos rébellions, nos bêtises, nos peurs, nos amours de jeunes filles sont toutes revenues…

« Aime ton prochain comme toi même ? « Sois un bon messager » me demandait mon grand père, très croyant et libre croyant. Que puis donner, recevoir, rendre quand il m’est si difficile de tracer mon propre sillon. Comme une lisière si ténue entre la nuit, l’ombre sombre, le silence brut et la lueur, la clarté, la clairvoyance ?

Bien à vous

Réponse d’un pasteur :

Chère madame

Merci pour cette magnifique lettre, écho d’un cœur vivant, un cœur de chair.

Ma réponse est que le monde n’est pas sauvé par des super héros. Même le Christ a agi petitement, au gré de rencontres, presque rien à l’échelle du monde. Et pourtant. Il ne faudrait surtout pas que la largeur, la hauteur et la profondeur de la souffrance du monde vous gâche ces actions que vous pouvez faire, et attriste votre cœur à cause de ce que vous ne pouvez faire, alors qu’il pourrait y avoir la joie d’avoir fait ce que vous pouviez. Certes, on pourrait toujours faire plus ? Mais jusqu’à un point seulement, celui où nos forces s’épuisent, où notre caractère parfois même se dégrade au lieu de s’élever, où notre action se disperse, s’éparpille, s’épuise dans une gerbe d’étincelles. C’est pourquoi, même Jésus savait limiter son action et imposer aux foules de partir pour le laisser se reposer et prier.

Et puis, pour ces jeunes, certes nous aimerions qu’ils soient plus conscients. Mais ils le sont souvent. Bien plus qu’il ne semble. Et ces fêtes, je ne sais pas si elles ne sont pas un cri puéril de manque de souffle. Peut-être alors que l’urgence est de leur permettre de découvrir ou de redécouvrir la foi. Ce souffle qui est une fenêtre incroyable sur la beauté de la vie, et du sens. Une ouverture vers la joie d’un service pour rendre le monde plus fraternel.

Donc oui, l’urgence est sans doute, comme vous l’a dit votre grand père, d’essayer modestement d’être un messager, peut-être même parfois un bon messager.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur

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