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Question d’un visiteur :

Bonjour,

Je me permets de vous contacter afin de vous faire part d’une réflexion que j’ai grandement eu envie de partager avec vous afin d’avoir votre avis. J’espère ne pas me tromper d’endroit pour ce genre de message, et si c’est le cas, je m’en excuse par avance.
J’habite à Paris et je rédige actuellement une thèse de mathématiques portant sur les statistiques et les probabilités. Passionné de sciences fondamentales depuis l’enfance, je me défini comme athée-agnostique (bien qu’issu d’une famille protestante) : je ne crois pas a priori en Dieu mais considère son existence ou son inexistence comme inconnaissables. Les pensées et questions que je souhaite partager avec vous, si vous en avez le temps et l’envie, sont les suivantes : La Bible énonce un certain nombres de faits. Nous allons chercher à confronter ces faits à l’expérience et au raisonnement scientifique, et comprendre quelles peuvent en être les conséquences. Je propose un raisonnement par l’absurde : l’idée est de formuler une hypothèse et d’aboutir par inférence logique à une contradiction. Si cela est possible, cela assure que l’hypothèse de départ est fausse.

Formulons les 2 hypothèses suivantes:
i) Dieu existe.
ii) La Bible est la parole de Dieu.

Prenons l’exemple de l’âge de la Terre égal à 6.000 ans énoncé dans la Bible. Nos théories scientifiques combinées à nos moyens technologiques actuels nous ont permis de mettre en évidence que l’âge de la Terre est largement supérieur à 6.000 ans, grâce à un grand nombre d’observations géologiques, cosmologiques ou chimiques. Toutes nos théories (prédictions) et expériences (observations) pointent de façon indépendantes et concordantes vers un âge de la Terre d’environ 4.5 milliards d’années. La certitude que la Terre n’a pas 6.000 ans est acquise.

Or d’après nos hypothèses, Dieu existe et la Bible est la parole de Dieu. Ce qui implique que Dieu peut énoncer une proposition fausse.

Deux solutions :
Dieu n’en avait pas conscience. C’est impossible par omniscience de Dieu.

Dieu en avait conscience. Cela signifie que Dieu avait une raison d’agir ainsi. Quelle qu’elle soit, elle a pour conséquence d’aboutir a une contradiction entre la Bible et l’expérience aujourd’hui. Un résultat correct annoncé dès le début n’aurait rien changé pour les hommes de l’époque car ils n’avaient pas les moyens de mettre en place les bons protocoles expérimentaux pour le vérifier. Par exemple, annoncer directement un âge de la Terre de 4.5 milliards d’années n’aurait absolument rien changé, que la réponse fusse 6.000, 4.5 milliards, ou 197. En revanche cela aurait produit un bouleversement majeur au moment où l’Homme a acquis les capacités intellectuelles et technologiques de vérifier les faits énoncés dans la Bible. Si ces faits étaient aujourd’hui en accord avec l’observation, cela impliquerait l’existence d’une entité (Dieu, ou pas) ayant énoncé des vérités inaccessibles à l’humanité au moment où elles étaient énoncées. Le crédit apporté à la Bible deviendrait alors immense. Par omniscience de Dieu, il le savait.

Dès lors, sous les hypothèses i) et ii), comment justifier que Dieu ait énoncé ces propositions fausses de façon délibérée, alors que cela correspond manifestement à un choix non optimal de diffusion de sa Parole ?
Il semble, selon moi, que cela soit contradictoire, et donc que les hypothèses i) et ii) ne peuvent être simultanément vraies.
A la lumière de ces réflexions, je pose la question de façon plus générale: qu’est ce qui légitime la Bible, et donc, Dieu ?

Réponse d’un pasteur :

Bonjour. Merci pour votre message. Il m’intéresse bien puisque je suis moi-même de formation scientifique, avec des diplômes d’ingénieur et des diplômes d’informaticien, plus un master en théologie portant sur les logiques.

J’ai déjà des réserves sur la formulation de votre hypothèse « Dieu existe ». C’est une hypothèse floue, car elle peut avoir plus de deux états, pas seulement vrai ou faux. D’abord parce que le terme même d’exister se rapporte à la réalité matérielle de la vie quotidienne mais est problématique à d’autres échelles. Par exemple, peut-on dire qu’un électron « existe » ? Même si l’on accepte cette notion d’existence pour ce qui est transcendant, au moins par analogie, la question de l’existence de Dieu n’appelle pas seulement à une alternative vrai/faux, mais est mais des degrés de vérité entre les deux, comme pour l’amour, par exemple. Peut-on dire que l’amour existe entre deux personnes qui s’aiment ? Il faudrait d’abord définir de quel amour il est question entre ces deux personnes, ce qui n’est pas simple, évolutif dans le temps et concernant différentes dimensions de la personne humaine. Une fois bien précisé, donc, de quelle dimension de l’amour on parle, la réponse sera plus un degré de vérité, par exemple entre 0 et 10 plus qu’une réponse oui/non.

Or, le raisonnement par l’absurde apporte une démonstration uniquement dans une logique booléenne, où s’impose le principe de non contradiction. Dans la vie, il y a bien des portes qui ne sont pas soit ouverte soit fermée. C’est le cas pour l’existence de Dieu.

J’ai aussi des réserves en ce qui concerne la seconde hypothèse « la Bible est la Parole de Dieu ». Certaines personnes peuvent l’affirmer, mais à mon avis, il est plus exact de dire que la Bible est un recueil de témoignages humains sur leur expérience de Dieu. Or, tout témoignage est subjectif, ces écritures reflètent ainsi la pensée et la culture, les questions et la personnalité des personnes ou des communautés qui les ont produites. Elles témoignent aussi de quelque chose de Dieu, certes, mais l’action de Dieu elle même est conjoncturelle, et ces écritures ne sont pas écrites par le doigt de Dieu, ni dictées par Dieu à un scribe qui prendrait des notes.

C’est pourquoi, en tout cas dans les facultés de théologie catholiques et protestantes, nous ne disons pas que la Bible est la parole de Dieu. C’est par contre quelque chose que l’on peut voir affirmer dans des facultés ou des églises « évangéliques », qui vont jusqu’à professer « l’inerrance des Ecritures », « la soumission à la Bible » (réservant cela sans doute aux passages qui ne parlent pas de lapidation de ceux qui se comportent mal, comme des horribles personnes qui portent des vêtements en fibres mélangées…)

L’omniscience de Dieu n’est pas particulièrement un concept biblique, il y a de multiples passages qui montrent que Dieu est surpris par ce que l’homme pense et fait.

Ce qui légitime Dieu ? Tout dépend de ce que l’on entend par là. Il faut d’abord définir le concept avant d e l’examiner. Si l’on entend par « Dieu » un barbu assis dans les nuages ? Un Père Noël ? Un terrible juge qui va sélectionner les meilleurs et vire les moins performants (toute ressemblance de ce « Dieu » là avec un impitoyable patron du XIXe ou un Seigneur du XIIIe siècle n’est pas un hasard), si l’on entend derrière ce mot un être omniscient, omnipotent, immuable ? rien ne le légitime, et fort heureusement.

Par contre

  • du point de vue scientifique, l’hypothèse que l’évolution de l’univers soit liée à une cause extérieure à l’univers matériel me semble être l’hypothèse la plus plausible, alors que l’hypothèse que l’univers n’évolue que par lui-même, par hasard me semble une hypothèse extrêmement peu plausible. Il est possible de nommer « Dieu » cette cause transcendante de l’évolution. Mais ce n’est pas une preuve absolue, bien entendu.
  • du point de vue spirituel ou mystique, bien des personnes de toutes les cultures, depuis que l’homme ne pas seulement une sorte de singe, ont le sentiment d’être en relation avec une réalité qui les dépasse et qui les accompagne dans la vie. Il est possible de nommer « Dieu » cette présence. Mais ce n’est pas une preuve absolue, bien entendu.
  • du point de vue existentiel ou philosophique, chacun a une certaine conception du bien, du juste, du beau et du bon ultime. Même si c’est par défaut. Il est possible de nommer « Dieu » cet idéal, cette visée. Là, par contre, cet objet de foi a une existence certaine, même si elle reste non pensée par certaines personnes. Certes, il n’est pas obligatoire de nommer « Dieu » cet idéal, mais même si on ne le nomme pas ainsi du point de vue de l’existence humaine cela fonctionne néanmoins bel et bien comme un Dieu, objet de notre adoration, et nous créant à notre image. Mieux vaut donc que ce soit délibérément que l’on cherche en quel Dieu nous choisissons de croire. Car c’est le lieu même de la prise en main de notre propre devenir.

En ce qui concerne la Bible, c’est comme une compilation des meilleurs textes selon des croyants des tout premiers siècles de notre ère. Ils ont sélectionné des livres qui les aidaient à avancer, à réfléchir, à prier. Rien n’oblige à entrer dans ce club, évidemment. C’est comme quand on visite par exemple la ville de Paris, rien n’impose de faire confiance au guide Michelin pour sa visite, il existe d’autres guides. On peut aussi se lancer sans guide du tout à la découverte d’une ville ou un pays inconnu, cela pourrait aller si l’on a vraiment énormément de temps mais si l’on a un temps limité c’est pas si idiot de se fier à des personnes de confiance ayant déjà visité. La Bible est un de ces guides, un guide assez réputé, un guide qui est enrichi de 2000 à 3000 ans de commentaires des utilisateurs, ce qui enrichit encore cette expérience extraordinaire de la vie humaine, et de Dieu. Et ce n’est pas inutile car notre vie est si courte, en réalité. Mais nous ne suivons pas ce guide les yeux fermés, mais comme des pistes, des questions, des ouvertures.

Amitiés

pasteur

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