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http://www.flickr.com/photos/22288108@N00/2408535634 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Bonjour,
Je me permets de vous contacter car je veux vous exposer ma situation : j’ai 24 ans et j’ai connu mon compagnon avec qui je projette de me marier et de fonder une famille. Je suis chrétienne mais mon compagnon, lui, n’est pas baptisé et ne se revendique d’aucune église. Il me dit même qu’il n’est pas très d’accord avec les dogmes, mais il accepte de se marier à l’église si cela est possible, et même que nos enfants soient élevés dans la religion chrétienne, à condition qu’on leur laisse la liberté de choisir, en connaissance de cause.

Je ne pense pas que les autorités compétentes s’opposeront à mon mariage religieux, mais ce projet a ouvert aussi d’autres interrogations en moi. Je suis chrétienne mais assez ouverte d’esprit. Cependant, j’ai toujours eu la conviction que les sacrements, les actions et la foi étaient la seule voie vers le Salut.

Je ne pars pas du principe qu’il faut agir de façon juste et honnête et être fraternel avec son prochain dans le but d’obtenir son salut. Ce sont des choses que je tâche de faire dans ma vie quotidienne par solidarité envers les autres et mon prochain, sans intentionnalité particulière, juste parce que ça me semble naturel, et j’ai l’impression que Dieu me porte dans mes actes, me soutient, me donne la force.
Je remarque les mêmes actes chez mon compagnon : il soutient la banque alimentaire, il est toujours porté de bons services pour les autres, il est aussi tolérant envers ceux qui ne partagent pas ses idées. C’est un garçon juste et je me dis que nous avons beaucoup de valeurs communes. Ce sont aussi ces valeurs-là qui nous ont rapprochés.

Mais j’ai entendu beaucoup d’horreur sur les forums catholiques, comme quoi ceux qui ne croyaient pas en Dieu étaient des infidèles, qu’ils iraient en enfer, que même un couple chrétien / non chrétien sanctifié dans le mariage serait séparé dans la mort. Même si j’ai conscience que nos actes prennent une autre résonance quand nous sommes chrétiens, les mêmes actes chez des personnes athées ont aussi de l’importance. Je peine à croire que Dieu sanctifie notre union sur terre, permette son accomplissement à travers la naissance des enfants, pour nous séparer ensuite dans la mort. Bien sûr, on ne peut pas régler ces questions-là sur terre, mais je suis blessée par toutes ces horreurs que je vois écrites sur les forums, qui disent qu’un(e) chrétien(ne) ne doit pas épouser un(e) non-chrétien(ne) parce qu’il (elle) risque de s’abîmer à son contact, que la mort sépare toujours les infidèles et les autres.

Moi, je n’ai pas l’impression de m’être abîmée au contact de mon compagnon, j’ai même l’impression que ma foi s’est raffermie plus qu’avec un chrétien avec qui elle se serait peut-être endormie parce que nous n’en aurions pas parlé, nous l’aurions jugé comme une évidence. Plus le temps passe et plus je me dis que Dieu ne peut séparer au ciel un couple qui s’aime et qui partage des valeurs communes de charité . Je finis par me dire aussi que les sacrements peuvent avoir du sens si l’on y croit mais je connais des gens qui ont été baptisés mais qui n’attachent aucune importance à leur baptême. Cela n’est plus qu’un papier pour eux. J’ai connu des chrétiens justes et honnêtes et d’autres qui avaient une stricte observance de tous les dogmes mais ne se comportaient pas dans la société en adéquation avec ces valeurs.
J’aime tellement mon compagnon que je ne peux pas croire qu’une telle graine d’amour doive être arrachée de terre au lieu de germer à son rythme (comme certains me le conseillent en me disant que la chair est faible et que l’amour n’est pas l’unique raison qui doive justifier que je l’épouse, que je dois me tourner vers un homme qui partage mes valeurs chrétiennes). J’ai rencontré mon compagnon à un moment de ma vie où j’ai demandé à Dieu de me permettre de connaître l’amour de ma vie, j’ai du mal à croire que cet amour puisse être malsain parce que mon compagnon n’est pas chrétien.
J’aimerais néanmoins avoir votre avis sur ces questionnements-là.

Je vous remercie par avance.
Bien cordialement.

PS. Si je suis décidée à épouser mon compagnon, il m’arrive encore d’avoir des doutes sur la façon de corréler mon amour et ma foi. Le Christ constitue plus qu’une valeur morale qui, elle, serait tout à fait partagée, c’est ce qui rend les choses plus difficiles à évoquer. Comment parler dans mon couple de quelque chose qui me semble réel, évident, si l’autre ne le partage pas ? Je confie mon compagnon à Dieu dans mes prières, mais j’ai conscience qu’il serait difficile pour lui d’en parler ou de comprendre. Son esprit n’est pas disposé à comprendre ma relation à Dieu. Pourtant quand je prie pour lui, cela lui fait plaisir, ce qui veut dire qu’il comprend ce que je ressens et la raison pour laquelle je veux l’impliquer dans ma prière. Pourriez-vous me dire néanmoins ce que vous me conseilleriez pour parler de Dieu à mon compagnon sans pour autant le brusquer, en parlant avec le cœur, comme par exemple quand je parle de l’émotion que j’ai lorsque je suis face à la nature… une émotion que lui aussi peut comprendre mais il ne l’associe pas à la main de Dieu . Et malgré tout, comment rester une épouse attentive, qui a aussi envie de faire plaisir à son époux, de l’accompagner au ski, en vacances, voir des amis ? faire tout ce que je ferai avec un époux chrétien sans avoir l’impression d’oublier Dieu et en vivant dans la confiance, dans la sérénité ? pour nos enfants futurs, j’envisage qu’il y ait des questions complexes qui viennent d’eux, sur la mort, sur Dieu… nous n’aurons pas la même façon d’y répondre. J’appréhende que nos discours divergent trop, même si je pense que nous nous aimons assez pour ne pas en faire un sujet de conflit.

Réponse d’un pasteur :

Merci pour votre message. C’est hyper touchant. Et j’ai honte, honte de ces chrétiens qui ont aussi peu de cœur. Comme le dit l’apôtre Jean dans sa 1ère lettre :
Et nous, nous avons connu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.
Tel il est, tels nous sommes aussi dans ce monde: c’est en cela que l’amour est parfait en nous, afin que nous ayons de l’assurance au jour du jugement.
La crainte n’est pas dans l’amour, mais l’amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n’est pas parfait dans l’amour.
Pour nous, nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier.
Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas?
Et nous avons de lui ce commandement: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.
(1 Jean 4:16-21)
Votre compagnon est athée par sa pensée, mais manifestement, néanmoins, « il demeure en Dieu et Dieu en lui » parce qu’il est capable d’aimer un peu, et peut-être plus que ces chrétiens qui permettent de juger leurs frères et sœurs, de chercher à briser un couple de deux personnes qui s’aiment !
A vrai dire, il n’y a pas une ligne dans ce que vous dites avec laquelle je ne serais pas d’accord :
• chrétienne & ouverte d’esprit : les deux vont, ou devraient aller très bien ensemble
• Vous remettes en cause ce dogme « les sacrements, les actions et la foi étaient la seule voie vers le Salut », et vous avez bien raison. Cela a été inventé bien après le Christ, par les chefs d’église, comme moyen de pression sur les fidèles, probablement.
• D’accord aussi pour ce qui préside à faire le bien : si c’est fait pour son propre salut, c’est encore de l’égocentrisme. Par contre c’est vivifiant quand c’est inspiré par l’attention à l’autre, par Dieu, par le plaisir de faire quelque chose de juste et de bien pour le monde ou pour une personne
• D’accord pour l’horreur qu’inspirent ces menaces de peines éternelles : quelques tyrans humains agissent sur cette logique, alors comment peut-on imaginer une seconde que le Dieu qui inspire Jésus-Christ soit comme cela ! Comme le dit Jean : l’amour premier de Dieu chasse toute crainte de lui. Une fois pour toutes et sans condition.
• Selon Paul, et fidèle en cela à l’Evangile, c’est l’amour qui ne meurt jamais. Par conséquent, deux personnes qui s’aiment resteront ensemble par cet amour même si une des deux, ou même si les deux sont biologiquement mortes. Oui, cet amour germe et donne de la vie pour l’éternité, je le pense aussi.
• Oui, les sacrements ne sont pas faits pour Dieu, pour lui permettre de nous reconnaitre ! Mais les sacrements sont faits pour nous aider à faire place dans notre existence à l’amour de Dieu, manifesté par le sacrement.
• C’est excellent de la part de votre compagnon de vous laisser libre d’élever vos enfants avec une découverte de la foi chrétienne en leur laissant le choix pour plus tard. C’est bien ainsi que nous comprenons l’éducation biblique données aux enfants, afin de leur permettre de réfléchir, de discuter, d’avoir un sens critique pour leur permettre de choisir plus tard en connaissance de cause leur position par rapport à la foi et la religion. C’est même comme cela que nous comprenons le baptême : cela ne fait pas de l’enfant un chrétien, au contraire, cela manifeste que Dieu l’aime et l’aimera de toute façon, qu’il choisisse ou non plus tard d’être chrétien, ou même croyant, athée. C’est la fin de tout chantage.
• …
Donc, n’ayez pas peur. Ne vous inquiétez pas de ces jugements des autres, leur jugement manifeste plus ce qui est dans leur propre cœur que ce qui est dans le vôtre.
Et c’est pourquoi, très sincèrement, nous organisons volontiers des cérémonies de mariage d’un couple mixte chrétien – athée, avec une place pour ce qui inspire chacun des deux.
Avec tous mes vœux de bénédiction, plein de bonnes surprises pour vous et ceux qui vous sont chers pour l’année de grâce 2017
Amitiés

Concernant votre PS. A mon avis, le mieux est que vous viviez votre foi personnellement, vous pouvez dire à votre mari ce que vous apporte la foi, mais surtout pas essayer de le convertir.
Ce n’est à mon avis vraiment pas un problème que vos enfants entendent leur maman dire qu’elle a la foi et prie, et entendent leur papa dire que lui ne croit pas en Dieu, et que chacun des parents respecte la façon d’être et de voir de l’autre. Il y a toutes les chances que vos enfants prennent le meilleur de chacun de vous deux, et le respect des autre sen plus. C’est parfait.

pasteur

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Une Réponse à “Question : Comment Dieu pourrait séparer dans la vie future deux personnes qui s’aiment parce l’une est athée ?”

  1. ROBERT Marc dit :

    Votre compagnon a bien de la chance ! A vous lire, je ne dirais pas qu’il est athée mais plutôt agnostique, et que ses préventions contre les dogmes sont plutôt un signe de bonne santé intellectuelle et spirituelle, qu’il manifeste d’ailleurs par son acceptation d’une éducation religieuse pour vos enfants. Il a de la chance non seulement parce qu’il vous a rencontrée, mais parce qu’il n’est pas encombré par les constructions humaines des religions qui, souvent, constituent des étouffoirs pour la foi. Il faut quelquefois toute une vie pour s’en dégager et accéder à la glorieuse liberté des enfants de Dieu. Celui qui aime connais Dieu, (et peu importe que l’on ne sache pas ou que l’on ne veuille pas le nommer). En aimant on accomplit complètement la loi (lettre de Paul aux Romains). Quant à la conversion liée à la découverte personnelle de l’amour de DIEU manifesté en JESUS le Christ, je crois que c’est l’affaire de DIEU et qu’en effet il ne nous appartient pas d’essayer de convertir.

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