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Abraham sacrifiant son fils !!!

Question d’un visiteur :

Bonjour Monsieur le pasteur
Je pense qu’initialement je devrais poser ma question à des juifs mais je voulais avoir votre avis sur le sujet.
Dans l’ancien testament il est fait référence à de nombreux holocaustes. Je me suis posé des questions sur ces pratiques.

  • Où Dieu demande t il clairement ces holocaustes ?
  • Qu’est ce qui peut bien plaire à Dieu dans cette pratique: le fait que l’humanité se prive d’une nourriture qu’elle pourrait utiliser à son propre profit ? La souffrance d’un animal qui est abattu généralement dans la peur et qui se sent mourir lentement ? Le fait qu’on sacralise un animal (étymologie du terme sacrifice) mais pour Dieu n’est ce pas plutôt la vie qui est sacrée vu qu’il en est l’auteur ?


Je sais bien que dans la genèse, Dieu semble donner à l’humanité un droit de supériorité sur le monde animal et végétal mais ces sacrifices me semblent être en contradiction. Ne serait ce pas plutôt des restes des pratiques païennes où les esprits des morts absorbaient la force vitale des animaux sacrifiés (ce que l’on retrouve dans le mythe du Vampire – on peut d’ailleurs s’interroger sur les déclarations de Jésus à ce niveau là puisque lui aussi semble avoir hérité de ces croyances païennes du sang qui donne l’immortalité).
En vous remerciant de votre réponse, je vous souhaite une bonne journée et je vous retrouverais avec plaisir à la 2e initiation à la théologie.

Réponse d’un pasteur :

Bonsoir & amitiés
Merci pour votre message.
La Genèse présente le sacrifice comme étant inventé par Caïn ! Ce qui n’est pas une figure très positive.
À mon avis c’est un grand classique des religions. L’idée est un peu celle du pot de vin : on fait un petit cadeau pour attendre de grands cadeaux de la part du souverain. Mais on remarque que dans la Bible cela est plus un acte de louange que pour « acheter » des bénédictions de Dieu. Heureusement.

Mais vous n’êtes pas seul à trouver cela bizarre que Dieu prenne le moindre plaisir à l’odeur des sacrifices. Les courants religieux les considéraient comme essentiels (surtout peut-être les prêtres qui en faisaient leur fond de commerce). Mais le génie des hébreux est d’avoir compilé dans la Bible de multiples courants, et pas un unique. D’autres voix s’expriment dans la Bible qui ne placent pas la question sur le plan des sacrifices à Dieu mais plutôt dans la foi, la prière, et la justice. C’est le cas par exemple des courants de sagesse, des courants spirituels comme les Psaumes, ou les courants prophétiques. Par exemple ce texte formidable d’Amos 5:21-25 : « Je hais, je méprise vos fêtes, Je ne puis sentir vos assemblées. Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes, Je n’y prends aucun plaisir; Et les veaux engraissés que vous sacrifiez en actions de grâces, Je ne les regarde pas. Eloigne de moi le bruit de tes cantiques; Je n’écoute pas le son de tes luths. Mais que la droiture soit comme un courant d’eau, Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. M’avez-vous fait des sacrifices et des offrandes Pendant les quarante années du désert, maison d’Israël?… »

C’est pourquoi, il me semble totalement surréaliste de penser que Dieu aurait eu besoin (et encore pire aurait organisé) le sacrifice d’un innocent (le Christ) pour le satisfaire !

Par contre, je vois dans la croix du Christ un profond geste de dévouement de Jésus, et donc un geste d’amour pour Dieu, un geste de responsabilité dans sa vocation, un geste d’amour pour l’humanité. Je ne pense pas que Jésus soit du tout dans la logique du sacrifice utile pour gagner l’immortalité. Ce qu’il met en avant c’est plutôt la grâce de Dieu (son amour complètement gratuit et sans condition, qui n’a donc pas à être acheté par des sacrifices), ce que Jésus met ensuite en avant c’est la foi (c’est à dire la confiance en Dieu), c’est d’aimer Dieu et aimer un peu son prochain, apprndre à s’aimer soi-même en vérité… Mais jamais, jamais le sang ! Heureusement, parce que imaginer que Dieu puisse tirer satisfaction du sang versé… peut vite conduire à tuer son voisin, son frère ou on propre enfant (comme Abraham s’apprêtait à le faire).

Donc, quand je lis un passage parlant d’un sacrifice ou d’un holocauste dans la Bible, j’y vois un encouragement à la louange à Dieu, et aussi un encouragement à essayer de m’impliquer plus concrètement, plus matériellement dans ma foi et ma théologie, qu’elles s’incarnent dans des actes, dans des priorités.

Pour le statut des animaux, à mon avis, on n’est pas obligé de lire la Genèse comme donnant un droit de supériorité à l’homme sur l’animal. La Bible a été écrite par des humains pour des humains, ce livre traite donc de la responsabilité de l’homme sur le monde. Cela ne veut pas dire qu’il ne pourrait pas exister un évangile des pingouins traitant de la place du pingouin dans le monde.

Mais néanmoins, l’homme reçoit pour mission de ne manger que de l’herbe verte, et la mission de nommer les animaux, c’est à dire de leur reconnaitre une valeur, une vocation particulière à chacun.
Le croit de manger des animaux n’est donné qu’après le déluge, comme un pis aller tenant compte de la violence naturelle de l’humain.

Avec toutes mes amitiés

pasteur Marc Pernot

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Une Réponse à “Question : Où est le respect des animaux dans ces sacrifices demandés par Dieu dans l’Ancien Testament ?”

  1. Florent dit :

    Je recommande la lecture de René Girard, qui est quand même une référence quand on parle de sacrifice.
    A propos de l’illustration, d’Abraham sacrifiant son fils (Isaac dans la tradition, Ismaël selon beaucoup de musulmans), et de l’ange remplaçant au dernier moment son fils par un bélier, René Girard y voit une figure du mouvement du sacrifice vers le symbolique : précisément, le passage du sacrifice humain vers le sacrifice animal. Ensuite, du sacrifice animal on passera à des choses plus symboliques.
    René Girard permet également de comprendre très bien le sacrifice du Christ : le Christ se donne à la foule qui veut l’assassiner pour dénoncer cette haine dont il est victime. Il comprend qu’il n’est que la victime émissaire des Juifs. Il estime que la meilleure façon de faire comprendre à l’humanité qu’elle doit cesser de céder à la haine des victimes émissaires, c’est d’accepter d’être cette victime, en dépit du fait qu’il est le Fils de Dieu. Cela fait au moins autant réfléchir qu’un scénario alternatif dans lequel on pourrait imaginer que la main vengeresse de Dieu frapperait le sanhédrin pour faire comprendre aux Juifs qu’ils sont dans l’erreur.
    La différence entre les religions primitives et le christianisme, c’est que dans le christianisme la victime émissaire est innocente, alors que dans toutes les religions primitives elle est coupable de ce dont on l’accuse (même Oedipe, divinité grecque du mariage, est coupable d’inceste et de parricide – en ce sens la psychanalyse cherche peut-être à faire revivre une religion primitive…).
    Et le problème vient, à mon avis, je suis désolé de le dire ici mais c’est ce que je pense, de l’Islam, qui vient après le christianisme mais remet en question la chose la plus fondatrice dans le christianisme en affirmant que Jésus n’est pas mort sur la croix (que Dieu l’en a retiré au dernier moment). Toute cette compréhension du mécanisme victimaire, du bouc émissaire, est balayée en quelques versets. C’est quand même un problème. Et, je suis à nouveau désolé de le dire, mais je crois qu’il est difficile de ne pas mettre ça en rapport avec la violence actuelle dans l’Islam, d’un certain nombre de ses courants (takfirisme, etc.), avec une évolution qui est quand même plutôt l’inverse de celle du christianisme (je ne réécris pas l’histoire, il y a eu les Croisades par exemple, mais aujourd’hui plus grand-monde ne tue les infidèles au nom du seul christianisme… il y a bien sûr quelques dingues aux Etats-Unis mais ils commettent rarement des attentats).

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