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deux églises jumelles - http://www.flickr.com/photos/97041449@N00/2180612347 Found on flickrcc.net

Les deux églises jumelles de la Piazza del Popolo à Rome. Comment choisir ?

Question d’un visiteur :

Bonjour,

Aujourd’hui, écoutant les analyse du philosophe Michel Onfray, j’entends et je vois bien que la civilisation chrétienne est, et ceci est un processus historique de longue durée, en voie d’étiolement voire d’effondrement.

Comment être chrétien dans ce contexte ? Comment fonder une famille chrétienne ? L’idée d’une vie chrétienne et d’une famille chrétienne me tient assez à cœur car, mes parents ayant divorcé il y a une dizaine d’années, ayant pu voir les conséquence du manque de religion et de ce qu’une maison ait été bâtie sur du sable, j’accorde une grande importance à la fidélité au sens large et à une vision du monde réfléchie et non pas laissée au hasard.

Que deviendra le christianisme dans le futur ? Une religion sans masse et assez restreinte à l’instar de la religion juive ? Une religion d’initiés ? Une religion impuissante, ayant perdu sa force civilisationnelle ? Que deviendra l’Église catholique dans le futur ? Un ensemble de bâtiments vides et un clergé inexistant et prêt à renier tout ce qu’il fut jadis ?

Ne pensez-vous pas qu’une Église (fût-elle protestante ou catholique par ailleurs) plus conservatrice et fidèle à sa tradition rencontrerait davantage de succès dans la société contemporaine ? N’est-ce pas là le besoin et l’attente de la société contemporaine et future ?

Mais permettez-moi de me présenter brièvement pour que vous puissiez connaitre le contexte dans lequel je pose cette question. Je suis un jeune homme de 22 ans (bientôt 23). Je n’ai pas reçu une éducation religieuse. J’ai bien été dans une école catholique, mais elle n’avait de catholique que le nom. J’ignorais tout du christianisme jusqu’à ce que je m’y intéresse il y a quelques années, premièrement parce que je sentais que j’ignorais quelque chose d’important, quelque chose qui avait façonnait la société pendant des siècles et dont le déclin était récent. Je ne comprenais pas ce qu’était une religion. J’avais par ailleurs vu les limites d’un système de pensée athée. Ainsi ai-je visionné sur internet des vidéos à propos de l’analyse historico-critique des textes chrétiens, ainsi ai-je écouté des débats entre athées et chrétiens, ainsi ai-je écouté des cours de théologie catholique, ainsi ai-je appris ce qu’il y a à savoir sur les différentes dénominations chrétiennes et sur les grandes idées des différentes religions existantes, ainsi ai-je lu le nouveau testament et la moitié de l’ancien (travail en cours), ainsi ai-je assisté régulièrement à la messe catholique.
Par ailleurs, je cherche ma voie et je me demande si je dois me tourner vers le protestantisme ou le catholicisme. D’un côté, en tant que Français, j’estime être culturellement plus proche du catholicisme. D’un autre côté, les valeurs de la modernité sont davantage protestantes que catholiques. J’ai aussi la vision d’un protestantisme froid et sans charité, à l’image des États-Unis (peut-être ai-je tort). D’un autre côté, j’ai l’impression que le protestantisme met davantage l’accent que le catholicisme sur le travail, la connaissance et la raison.

Quant à l’islam, il m’est assez étranger et j’ai l’impression qu’il aboutit à un nivellement par le bas, à l’orgueil, à un sentiment de supériorité injustifié, à une satisfaction à peu de frais et qu’il met l’accent sur la loi plus que sur le cœur, choses que le christianisme réprouve. Corrigez-moi si je me trompe.

Ainsi, mon hésitation est entre le protestantisme et le catholicisme, pour les raisons précédemment indiquées. Mes réticences à l’égard du protestantisme sont-elles fondées ? Me conseilleriez-vous de me tourner vers une Église protestante pour assister au culte et me faire une idée par moi-même ? Que penser du futur du christianisme en France ?

En vous remerciant d’avoir pris le temps de lire ce courriel,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour Monsieur

Si l’on écoute Michel Onfray, à mon avis, on voit bien que c’est d’abord lui qui a un problème. Que penser d’un homme qui, pour développer sa pensée, ressent l’irrésistible besoin de combattre les modes de pensée des autres ? Ce comportement dit plus sur l’auteur de ces discours de haine que cela ne révèle la vérité sur le christianisme, le monothéisme qu’il pense pourfendre.

Toute civilisation est en évolution, se transforme, et donc dans un certain sens meurt pour renaître autrement. C’est un signe de vitalité.

C’est vrai qu’il y a eu un chute brutale de la pratique religieuse dans les années 70, est-ce que cela est la fin du christianisme ? Du monothéisme ? De la foi ? C’est n’est pas la réalité de ce que nous vivons, par exemple dans une église comme l’Oratoire du Louvre. Le résultat de cette chute d’effectifs des années 70 est qu’il n’y a jamais eu une si grande sincérité dans l’église aujourd’hui. Les personnes qui s’y engagent et celles qui y passent occasionnellement ne sont obligées par rien ni personne, c’est une pure démarche personnelle, sincère, venant du cœur, des tripes, de la tête. Internet a encore amplifié cette belle richesse de recherche personnelle et de débat, de liberté et de sincérité.

Non, la foi chrétienne ne s’effondre pas. Dans une église comme la nôtre, il y a en moyenne trois baptêmes d’adulte par mois, typiquement des personnes actives ayant la trentaine, bien intégrées dans la société, des personnes qui se donnent les moyens de réfléchir et de prier librement, sans s’enfermer dans notre seule petite chapelle, mais qui ont choisi délibérément la foi chrétienne et de se donner les moyens de travailler leur foi et leur espérance, et pour cela, de se rassembler à leur rythme, à leur façon dans une église chrétienne, et sont heureuses de trouver dans l’église un ressourcement pour leur foi et leur pensée, une éducation biblique pour leurs enfants, une occasion de se former et d’échanger.

Quelle association offre une si belle occasion de réfléchir à ce que l’on désire voir nous animer ? Quelle autre association rassemble des personnes de milieux sociaux, d’origines, d’âges, de quartiers si différents ? Quelle idéologie, quel grand idéal est aussi inspirant aujourd’hui que l’Evangile du Christ ?

Contrairement ce qu’affirme Michel Onfray, le monothéisme n’est pas nécessairement un intégrisme affirmant qu’il existe un seul Dieu donc seul le mien est le vrai, et seule mon église détient la Vérité avec un grand V. C’est vrai qu’il existe des intégrismes dans toutes les religions, il existe aussi des intégristes haineux et sectaires dans l’athéisme aussi (la preuve). Le christianisme devrait avoir moins de facilités à secréter de l’intégrisme car il s’inspire de 4 évangiles et donc à la base d’une vision pluraliste de la vérité. Le monothéisme peut vraiment être, et est souvent, source de respect des autres : il y a un seul Dieu, une seule source de la vie, par conséquent toute vie est rattachée à cette même source, toute religion, tout regard porté vers le haut, tout chemin qui s’élève convergent vers un même sommet qui est le Dieu unique de tous et de toutes.

Tout dépend donc comment est vécue sa religion. Quel statut on accorde à son église. Voir cet article de ce blog.

C’est un peu une autre question que celle de la foi, car toute église n’est qu’une salle de musculation pour la foi et la réflexion, et donc par définition jamais à la hauteur de la transcendance qui l’inspire, mais les églises chrétiennes sont évidemment largement perfectibles, et notre « église protestante unie de France » aussi, bien entendu. Il est donc facile de les critiquer, et c’est bien de le faire dans la mesure où c’est d’une manière constructive, pas dans le malsain plaisir de démolir. Si l’on n’aime pas son église, on s’y engage pour la faire évoluer, ou bien l’on crée un autre mouvement de pensée et/ou de spiritualité concurrent.

Il y a tout un éventail d’églises possibles, à l’Oratoire nous avons choisi d’avoir une forme de culte conservatrice afin de libérer chacun dans l’évolution personnelle de sa foi, de sa pensée, de sa prière, de ses engagements dans le monde. Cela me semble une façon de vivre sa foi assez féconde et riche. Si l’église catholique permet à telle personne de mieux avancer, et bien c’est que cette église est la meilleure église pour cette personne, voilà tout. Les échanges entre notre paroisse protestante et les paroisses catholiques voisines sont fraternels et féconds. La Saint Barthélémy est bien loin. Et rien que cela montre que le christianisme ne s’est jamais mieux porté que maintenant.

Donc oui, bien sûr, le mieux est de chercher ce qui vous fera le plus avancer, vous.

Avec mes amitiés

pasteur

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4 Réponses à “Question : Selon Michel Onfray, la civilisation chrétienne s’effondre. Comment être chrétien dans ce contexte ?”

  1. Annick SB dit :

    Être Chrétien ici, ailleurs, dans un temple, une église, dans sa chambre, dans la rue, dans le train …. c’est chercher Dieu le plus possible, c’est s’émerveiller de la Création, c’est aller à la rencontre de Christ et de ses enseignements en lisant la Bible et en laissant la Parole agir en nous … C’est aussi semer, de toutes petites choses, pour tous, des regards, des sourires, des versets, des dons, des attentions … Soyez béni(s) !

  2. Jean Rastignac dit :

    Jean 8
    … Ils disaient cela pour l’éprouver afin de pouvoir l’accuser.Mais Jésus,s’étant baissé,écrivait avec le doigt sur la terre.Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit:Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle.Et s’étant de nouveau baissé,il écrivait sur la terre…
    Le plus beau miracle de Jésus se réalise sans magie, sans appel à la force toute puissante d’un Dieu dominateur.Ce miracle résulte simplement de la rencontre entre la raison et la foi…une telle religion peut-elle disparaître?

  3. jerome Prekel dit :

    L’affirmation de Michel Onfray se situe sur un plan, et la réponse du pasteur se situe sur un autre plan. Le philosophe interprète le recul des valeurs chrétiennes dans les sociétés christianisées comme une annonce de l’effondrement de leur domination sociale, philosophique et culturelle. Je ne vais pas dresser ici la liste qui démontre la réalité de l’apostasie : les faits parlent d’eux-mêmes, pour qui a les yeux ouverts. L’objectivité nous impose de ne pas le contester. Mais cela ne signifie pas qu’une restauration de l’influence des valeurs chrétiennes est impossible, théoriquement.
    Personnellement, en tant que responsable chrétien depuis trente ans, je suis convaincu que la réalité spirituelle est pire que ce que dit Michel Onfray.
    Cependant, si nous parlons de valeurs, et que nous maintenons la discussion à ce niveau, nous sommes fondés à dire qu’elles sont indestructibles, puisqu’éternelles. La vision du Bien et du Mal vient de l’extérieur de l’Homme, elle vient de Dieu. Mais une lecture attentive de la Bible démontre que Dieu lui-même peut mettre un terme à quelque chose qu’il avait donné pour le bonheur des hommes (le don de la morale inspirée et du modèle divin au travers du judaïsme mosaïque).
    Le fait que les sociétés modernes divergent pour préférer une morale humaniste, depuis un demi-siècle, participe du mouvement cyclique qui a été amorcé dans le jardin d’Eden, sous la suggestion subtile d’une inspiration antagoniste à celle de Dieu : vous n’avez pas besoin de Dieu, vous pouvez être comme lui. L’être humain a choisi de diverger de la ligne tracée par le Créateur, et l’humanité a été chassée du jardin. Il en est de même aujourd’hui, ce que certains considèrent comme le prélude de la fin des temps : tout ce que Dieu a donné à l’humanité en Christ et par Christ, et qui a donné les fondements moraux des civilisations modernes, est de nouveau repoussé par l’humain.
    En ce sens, nous ne pouvons nous attendre qu’à deux choses : soit une visitation nouvelle qui va donner à l’humanité une nouvelle chance de se rapprocher de Dieu, source du bonheur, centre de l’univers, soit Dieu va mettre un terme à une dérive qui n’a pu être redressée, malgré le double interventionnisme divin du judaïsme et du christianisme.
    Ce ne sont pas des mouvements ou des religions qui doivent être incriminés, mais c’est le logiciel du cœur humain, infecté par une souche virale qui l’égare et l’entraîne loin de l’orbite de Dieu. Hier, on appelait ça le péché. C’ est pour ça que Jésus est venu.
    La question actuelle n’est pas de savoir s’il faut fréquenter une église catholique ou protestante, voire encore une autre des options multiples. La question est de savoir si tu es perdu sans Dieu. Et si tu es perdu sans Dieu, si tu fais le mal que tu ne voudrais pas faire, et si tu ne parviens pas à faire le bien que tu voudrais faire, alors tourne-toi vers le Seigneur, apporte-lui ton cœur fatigué et chargé par les luttes, découragé, et il te donnera du repos. Et tu seras sauvé. C’est cela, le christianisme.

  4. emdeclerm dit :

    Moi je n’arrive pas toujours pas à comprendre le mal au sens biblique et même l’idée du salut est un brainstorming infernal dans le sens où c’est vu. Personnellement, Dieu me donne de l’espérance que la mort n’est pas une fin, je crois que c’est à ce niveau-là que se situe le fondement de la foi chrétienne. Pour ce qui est des valeurs chrétiennes véhiculées par Jésus, je ne suis pas convaincue à 100 pour 100 qu’il faille être chrétien pour les apprécier et mettre en pratique. Chaque être humain est imprégné du moins en Occident de ses valeurs. C’est pour ça, assimiler les non-croyants à des gens qui font le mal, je trouve ça maladroit. Même chez les chrétiens, il y a du bon et du mauvais. Et certains chrétiens n’appliquent pas toujours les valeurs chrétiennes qui leur incombent. On n’est plus il y a 2000 ans, où le monde avait tout à apprendre de Jésus. Personnellement, je crois que le monde dans lequel nous sommes voit s’écrouler davantage des valeurs liées aux commandements donnés par l’Institution Eglise et dans ce qu’elle a pu donner de négatif d’elle depuis des siècles. Mais je pense au contraire que les valeurs de l’Evangile n’ont jamais autant mené le monde. Les hommes ont une conscience influencée par les Evangiles

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