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Frédéric Chavel le 5 mars 2017

prédication du professeur Frédéric Chavel
pour le dimanche 5 mars 2017

« Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : le lendemain s’inquiétera de lui-même. » Quelle belle parole de Jésus, qui nous invite à nous libérer de la vanité de tous nos soucis, à nous détacher de tout ce qui est superflu, et à nous satisfaire de l’essentiel, qui de toute façon nous est donné par Dieu ! C’est vraiment un sujet idéal de prédication. L’affaire est bouclée d’avance. Un peu comme ces recettes de cuisines immanquables que proposent les magazines. Pendant une vingtaine de minutes, je pourrais vous inviter à vous libérer de vos vanités. Je pourrais vous dire que vous devez revenir à une vie plus simple, plus naturelle, plus bio. A priori vous devriez tous être, d’avance, plus ou moins d’accord, puisque ce discours est un poncif bien partagé. Et puis, chacun rentrerait chez soi. Et tout continuerait comme avant. Le tout est vaguement ennuyant et absurde, mais au fond on a vu pire.

Quoique ! – comme dirait Raymond Devos – quoique !

Cette affaire entendue d’avance, telle qu’on l’attend implicitement, permettez-moi de vous dire que je n’y crois pas du tout. Car elle repose sur une idée absurde : l’idée que Jésus nous donnerait les oiseaux ou les fleurs comme exemple pour notre propre vie. Qu’il nous inciterait à vivre comme des oiseaux ou des fleurs. Mais cela ne mène pas à grand-chose. Qu’est-ce que cela voudrait dire, vivre comme une fleur ? Rester plantés là à sucer les nutriments du sol ? Qu’est-ce que cela voudrait dire, vivre comme un oiseau ? Vivre en picorant ce que l’on trouve ici et là, en faisant parfois de petites réserves et des petits nids, mais sans véritablement labourer ou engager des travaux de construction plus complexes ? Ce serait tout simplement impossible : les années où nos lointains ancêtres étaient chasseurs-cueilleurs sont depuis longtemps révolues, et notre constitution corporelle, et sans doute aussi spirituelle, est devenue dépendante d’un autre rythme de vie, marqué par le travail.

Pour le dire autrement, si l’homme ne s’occupe pas du tout de ce dont il a besoin pour vivre, eh bien il meurt. Si l’homme ne se tisse pas des vêtements, il meurt de froid. Si l’homme ne se prépare pas des réserves pour l’hiver, il meurt de faim. L’homme, dans sa constitution naturelle, est profondément lié à des cycles de consommation primaires ; par exemple celui de la faim ou du sommeil. J’ai faim – je consomme – je suis repu – je dors. Puis j’ai à nouveau faim – je consomme – je suis repu – je dors. Et ainsi de suite. Alors je sais bien que l’on a parfois inventé des histoires démentielles de saints qui vivaient des années en ne mangeant que des hosties consacrées, ou autres genres de bizarreries ascétiques, mais tout cela est folklorique. Même si c’est possible à titre de curiosité, cela ne m’intéresse pas tellement. Ce qui m’intéresse, c’est la beauté de la vie ordinaire, et notre vie passe par les cycles naturels.

D’ailleurs, il y aurait à mon sens une tromperie si l’on comprenait le message de Jésus dans le sens de « laissez aller les choses, lâchez prise, la Providence divine s’occupe de tout ». Ce n’est tout simplement pas vrai. Parfois, Dieu nous donne à manger à notre faim. Et parfois il ne le fait tout simplement pas. Parfois, il donne des vêtements. Et parfois il n’en donne pas. Nos frères et nos sœurs qui, au moment où je vous parle, sont en train de mourir de faim, ou de privations, ou de mauvais traitements, sont sous le regard de Dieu comme nous. Ils crèvent sous le regard de Dieu.

Alors qu’est-ce que c’est que cette providence ? Qu’est-ce que cela veut dire, s’y abandonner ?
… suite du texte ici


(début de la prédication à 07:55)

film : Soo-Hyun Pernot

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Une Réponse à “Prédication : Inquiétude et contemplation (Matthieu 6:24-34)”

  1. emdeclerm dit :

    très belle prédication qui nous montre à quel point la beauté de la vie ne se résume pas aux soucis matériels. Cela me rappelle d’ailleurs quelqu’un qui me disait que la foi n’est pas une fuite du genre j’abandonne tout ce que je fais pour aller écouter une prédication ou faire une prière mais c’est un lâcher prise qui permet de se rappeler que Dieu pourvoie à tout, qu’avec la foi on peut renverser les montagnes. C’est rassurant. On n’est pas qu’un agglomérat de cellules perdus dans un univers trop compliqué pour nous. La foi nous transcende mais on peut aussi la vivre à travers des choses très simples.

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