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Dessin humoristique sur Jésus crucifié

Question d’un visiteur :

Bonjour Pasteur Pernot,
Merci pour votre dévouement et votre organisation dans la gestion du site de l’oratoire, en particulier dans les questions/réponses et la mise en ligne rapide et fidèle des prédications à l’oratoire que j’écoute et dans une faible mesure partage. Merci de vous être formé, de vous être cultivé et aujourd’hui de vous donner. J’espère seulement que vous prenez au moins autant soin de vous et de vos proches que de la congrégation virtuelle du site de l’oratoire.

Plus personnellement merci car vous portez pour moi une lueur d’espoir.

J’ai grandi dans une église pentecôtiste, j’ai moi-même à plusieurs reprises prêché dans les églises que j’ai fréquenté. J’ai d’ailleurs souvent songé à « tout plaquer » et à devenir pasteur (je suis chercheur). Parce que le monde a tant besoin de sens, de Christ, de la bonne nouvelle d’un Dieu qui aime et qui, s’il permet la souffrance, a marché avec nous jusqu’à la souffrance ignoble de la croix et par là nous entraîne à la gloire de la résurrection…
Parce que je suis actuellement chercheur, assez au fait des grands équilibres économiques, des progrès informatiques/robotiques et des sciences cognitives pour voir que la question du sens de la vie humaine se pose, va se poser de manière toujours plus vive alors que lentement mais sûrement la supériorité humaine sur les machines s’efface, sur tous les plans, y compris intellectuel et relationnel (de petits robots animateurs savent déjà adapter leur attitude aux sentiments de leur interlocuteur et sont très appréciés en maisons de retraites japonaises).
Parce que la marée monte, l’accélération du progrès rend la reconversion de plus en plus souvent nécessaire pour un nombre croissant de personnes, accroissant le sentiment général d’inutilité.
Parce qu’il y a besoin d’une troisième voie divine entre rejet fanatique et désespoir, entre course perdue à l’efficacité et écologisme culpabilisant, entre divertissement addictif et amertume destructrice. Parce qu’il y a besoin de vie et de vérité.

Encore faudrait-il être convaincu. Aujourd’hui et depuis de longues années, ma foi perd de sa vigueur au points d’en arriver à un athéisme chrétien. Christianisme priant un Dieu autrefois si réel mais qui aujourd’hui pourrait n’être qu’atavisme. Convaincu de la pertinence du christianisme mais doutant de sa réalité. Comment croire et enseigner à mes enfants l’importance de la vérité si moi-même j’ai le plus grand mal à croire en ce que je professe ? Comment croire en la réalité de l’aide de Dieu si les témoins bibliques de cette réalité ont dû imaginer leurs exemples ? A travers vos réponses aux questions et vos prédications c’est la possibilité d’une telle autre voie que j’explore. Vos questions et prédications me communiquent un peu de vie, l’espoir que peut-être le don que j’ai reçu pourrait encore, au travers de la crise, renaître pour quelque chose de meilleur. Merci.

Pardonnez-moi cette longuette introduction, vous aurez compris que ces choses comptent pour moi. Je sais que vous n’en doutiez pas. J’en viens à ma question.

Jésus, incarnation de Dieu, sa vie, sa mort sont centraux dans le christianisme. Ils le sont pour moi. Au plus profond de mes doutes l’appel du saint repas « sang versé pour moi », « corps brisé pour moi » m’interpelle et me porte. J’ai lu plusieurs de vos réponses sur le thème de la mort de Jésus mais je comprends mal le sens de la mort de Jésus à la croix pour vous. Pour moi, l’incarnation de Dieu en Jésus répond à la question fondamentale de l’existence du mal. Je peux expliquer pourquoi la souffrance est nécessaire pour que l’amour existe mais je ne peux expliquer qu’un Dieu créateur n’ai pas pu faire un monde avec amour et sans souffrance (la félicité future promise par la Bible semble d’ailleurs indiquer que c’est possible). Mais si Dieu lui-même marche sur cette terre et souffre, jusqu’au don quotidien de soi, jusqu’à la trahison, jusqu’à l’abstinence, jusqu’à la torture, jusqu’à la mort, mais aussi jusqu’à la résurrection victoire ultime, alors il n’est pas juste un sadique ou un sado-maso, il se soumet lui-même à cette nécessité supérieure de la souffrance et je peux le suivre en confiance vers la résurrection. L’exemple de Jésus ne serait au contraire qu’un épisode de plus de la tragédie humaine, si il n’avait pas la personnalité divine, elle-même souffrante, et la puissance divine de « faire sans » mais se soumettant à ce passage.

Quel est pour vous le sens ultime, la centralité de la croix ?

Si d’aventure mes élucubrations vous évoquent des lectures que vous avez apprécié je serais reconnaissant de recevoir vos suggestions, de même si un enseignement systématique existant vous paraît correspondre à mon questionnement.
Fraternellement,

Réponse d’un pasteur :

Bonjour et Merci pour votre message. Mil mercis pour les encouragements, j’en ai d’autant plus besoin que cette année je peine vraiment à faire rapidement la mise à jour !

Il est tout à fait normal de connaître un moment de trouble quand on change de paradigme, quand on accepte de passer d’une logique de la certitudes à une logique de recherche. Cela peut sembler de l’agnosticisme, et c’en est dans un certain sens, mais dans le bon sens du terme, d’accepter que Dieu est au delà de tout ce que nous pouvons penser et encore plus dire sur lui. Et de faire reposer sa confiance non sur une idée de Dieu, sur des doctrines, des convictions, mais de placer sa confiance en Dieu lui-même, qu’on en connaît pas ! Comme Pierre sortant de la barque, il y a un temps de joie de quitter la certitude des bonnes « Vérités » de l’église, mais ensuite, on se rend compte que l’eau est profonde, qu’il y a du vent et que l’on n’a plus la barque pour nous porter. Il ne reste alors que notre foi, défaillante, et ce cri « Seigneur sauve-moi » de la confiance en Dieu. J’utiliserais volontiers ce terme d’agnostique pour parler de cette démarche, mais peut-être ce mot est trop utilisé par des personnes qui sont de fait athées sans avoir même pris la peine de penser un monde sans Dieu. Peut-être faudrait il parler de foi apophatique pour faire référence à ce courant de théologie mystique humble et sincère ? Mais ça fait trop pédant. Peut-être « libéral » mais il y en a de carrément rationalistes (ce qui est bien leur droit, mais n’est pas notre démarche, effectivement mystique et théologique, mais en mettant la théologie à sa place, ni trop haut ni trop bas…

C’est cette question de paradigme que j’essaye de creuser dans cet article : http://blog.oratoiredulouvre.fr/2015/04/choisir-sa-religion-et-son-rapport-avec-sa-religion/
En ce qui concerne la mort sur la croix, c’est pour moi un geste ultime d’amour de Dieu et d’amour pour son prochain. Mais Dieu n’avait pas besoin de cela, bien entendu, pour nous aimer et nous pardonner. Au contraire.
En ce qui concerne l’existence du mal, cela me semble très simple, le monde est encore en Genèse, il reste donc du chaos dans le monde et du temps avant que la volonté de Dieu soit faite, avant que toute chose lui soit soumise. C’est la première cause de mal et la seconde est le péché de l’homme, qui peut mettre cette dimension divine de créativité personnelle, que Dieu lui a donné, au service du mal. Voir https://oratoiredulouvre.fr/dictionnaire/mal-souffrance-pourquoi.php . Effectivement, la théologie de l’incarnation manifeste un Dieu qui assume le mal dans le monde et en nous, un Dieu puissant par l’amour, et donc non tout puissant, mais accompagnant, souffrant, connaissant l’échec (la croix) et le surmontant…

Mais pour moi, dire que Jésus est Dieu fait de Jésus un extraterrestre, et cela me semble faux, et en plus être une mauvaise idée. A mon avis, la figure de Jésus est plutôt celle d’un homme, d’un fils d’Adam comme nous en tout, pas autrement divin que nous, mais simplement à un niveau ultime d’aboutissement. Et ayant une vocation unique, essentielle, pour l’histoire de la création du monde et de l’humain par Dieu. C’est en ce sens que ce que vit Jésus n’est pas seulement une anecdote de l’histoire mais est profondément révélateur de Dieu et de l’homme, même si Jésus n’est pas Dieu, mais image de Dieu (comme le dit la Genèse), fait à sa ressemblance.
Mais dans notre église, une large partie des paroissiens ont un profond attachement à la divinité de Jésus. Et c’est bien leur droit. Je ne prétends absolument pas détenir la Vérité là dessus. L’important est la sincérité, être disponible à évoluer sur ses convictions ce qui est la preuve qu’elles sont vivantes et qu’on n’en n’a pas fait des idoles. Et c’est bien comme cela que je vous voit vivre votre foi.
Avec tous mes vœux de bénédiction, plein de bonnes surprises pour vous et ceux qui vous sont chers.
Amitiés

Réponse :

Bonjour,

J’ai lu avec intérêt votre réponse ainsi que les pages liées. Certains points comme votre compréhension de l’origine du mal par exemple sont nouveaux pour moi et intéressants. J’ai cependant toujours un peu de mal à cerner l’importance de Jésus, de sa mort et de sa résurrection dans votre foi. Vous écrivez :

En ce qui concerne la mort sur la croix, c’est pour moi un geste ultime d’amour de Dieu et d’amour pour son prochain.

Vous entendez par là un geste d’amour de Dieu de la part de Jésus pas un geste d’amour de la part de Dieu n’est-ce pas ? La mort de Jésus a donc essentiellement une valeur exemplaire de la part d’un homme hors du commun ? Un geste ultime d’amour de Dieu et du prochain en ce qu’il préfère mourir pour éviter un soulèvement par exemple ?
Et plus loin :

[Jésus] ayant une vocation unique, essentielle, pour l’histoire de la création du monde et de l’humain par Dieu

Cette vocation n’est elle « que » de donner un exemple, unique et essentiel en ce qu’il va jusqu’à la mort ?

Je découvre et aime beaucoup votre petit dico de théologie. L’ article sur Jésus https://oratoiredulouvre.fr/dictionnaire/jesus-ieshoua.php ne détaille pas son importance ni ne mentionne la résurrection comme un fait marquant même si l’article sur la résurrection éclaire un peu l’importance de la résurrection du Christ. Je comprends le parti pris, dans un premier temps de se focaliser sur les aspects historiques indiscutables mais n’y aurait-il pas place ensuite pour l’expression, aussi détaillée que possible même si nécessairement incomplète de la vocation unique et essentielle de Jésus ainsi que de la force « ultime » de sa mort et de sa résurrection dans cette vocation?

Ou peut être ais-je manqué l’article détaillant ces choses ?

Avec toute mon affection amicale et dans l’attente de vous lire.

Réponse d’un pasteur :

Cher Monsieur

Oui, pour moi la mort de Jésus est un acte d’amour de la part de Jésus. Un amour pour Dieu et pour l’humanité. Mais seulement, cet amour est inspiré part l’amour de Dieu pour Jésus, amour dont il s’est saisi pour devenir plus aimant et aimer à son tour à ce point. De sorte que l’amour que manifeste Jésus sur la croix est aussi l’amour de Dieu pour chacun de nous.

La vocation de Jésus est plus que celle d’être prophète, révélant le sens de la vie et l’amour de Dieu. Jésus a pour vocation de faire que chacune et chacun de nous soit prophète. Voir cette prédication où j’essaye d’expliquer cela : https://oratoiredulouvre.fr/predications/le-christ-et-tout-un-peuple-de-christs.php

D’accord pour faire évoluer l’article sur Jésus, il faudra que j’y pense. Mais usuellement quand on dit « Jésus », on parle de l’homme avec ses sandales qui avait mal au pieds quand il marchait trop longtemps, etc. L’article Christ détaille un peu plus la vocation unique, sans préciser très concrètement comment Jésus s’est débrouillé pour accomplir ce service. Il faudrait peut-être mieux articuler l’article sur Jésus, celui sur le Christ et expliquer mieux ou renvoyer sur les œuvres concrètes ?

Amitiés fraternelles

pasteur Marc Pernot

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