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mendiante dans la rue - http://www.flickr.com/photos/91731765@N00/485155522 Found on flickrcc.net

Question d’un visiteur :

Cher Pasteur,

Ce matin, j’ai encore croisé un mendiant et j’ai encore évité de donner. Cela m’arrive de donner. Pas tout le temps.
Je crois cependant vivre selon les valeurs de compassion, de respect, d’amour, qui m’ont été inculquées…

J’arrive quelques fois à justifier mes refus par des raisonnements qui m’arrangent (donner ce n’est pas les aider, j’ai déjà donné aujourd’hui, on ne peut pas aider tout le monde…).
Mais n’étant pas dupe de ma diversion, la question que je me pose demeure: en tant que chrétien, n’avons nous pas le devoir d’aider ceux qui sont dans le besoin? Donner une pièce au mendiant posté à la sortie du culte, à celui qui use sa voix dans le métro, pendant que je grignote ma barre chocolatée préférée, achetée avec gourmandise au distributeur automatique.

J’ai parfois le sentiment de trahir lorsque je suis dans l’hypocrisie (?) du « désolé, pas de monnaie » alors que je pourrais très bien donner, ou lorsque je me fais juge de qui mérite ou non mon don, qui a l’air le plus misérable, le plus digne…

Bref, peut-on se prétendre chrétien et parallèlement refuser son aide aux nécessiteux ?

D’aucuns diraient qu’on ne peut aider tout le monde…mais peut être que cela n’est qu’une excuse? Que si je donne à tous ceux qui me sollicitent, ne serait-ce que 10 centimes, ce serait toujours mieux que rien ? Car on ne croise pas tant de nécessiteux en vérité. Peut être une dizaine, une vingtaine par mois. À 20 centimes, cela représente pas plus de 4 euros, mais une aide, une reconnaissance, une petite main tendue à 20 personnes. Et si tout le monde en faisait de même, peut être limiterions nous l’impact de la pauvreté…bref.
Qu’en pensez-vous ?
Bien à vous.

Réponse d’un pasteur :

Bonjour monsieur

Désolé pour le délai de réponse.

Bravo pour ces préoccupations pleines de cœur. Préoccupations essentielles, à vrai dire.

Quand Jésus nous dit d’aimer notre prochain comme nous mêmes, c’est à la fois responsabilisant et c’est en même temps très déculpabilisant. Car nous avons à peu près à ce jour 7 466 964 777 prochains (population mondiale le 1er mai 2017), et comme vous dites ce n’est pas possible de nous mettre au service de toute cette petite famille. D’autant plus que nous avons en plus, selon Jésus, nous mêmes à aider et servir ( car nous le valons bien, et que sinon nous n’aurons plus rien à apporter à personne et le monde ne sera pas plus avancé).

Par conséquent, il faut discerner notre propre vocation parmi tous ces possibles. C’est là que l’aide de Dieu mais encore notre intelligence sont bien utiles. C’est ce que Jésus nous donne comme clef avant même de nous dire d’aimer notre prochain comme nous-même. Aimer Dieu de tout son être (ça aussi, nous ne risquons pas d’y arriver parfaitement, mais c’est une orientation), et Jésus ajoute d’y mettre aussi notre intelligence (cet impératif est ajouté par Jésus, il n’était pas dans l’original qu’il cite).

Donc oui, cela demande du discernement, de la prière et de l’observation de celles et ceux qui nous entourent, cela demande de la réflexion, une entrée au plus profond de soi même, une analyse de nos dons et faiblesses, notre force et de ce qui nous motive le plus… y mettre de l’intelligence et de l’esprit de décision.

Cela demande de chercher le juste dosage entre don de soi et sauvegarde de soi (qui veut aller loin ménage sa monture, pour vraiment aider il vaut mieux le faire joyeusement que trop épuisé).

Dieu a sans doute des choses à nous insuffler comme idées sur la question, mais en large partie, il est plutôt du genre à ouvrir l’éventail de nos choix possibles, nous laisser libre de choisir, et de nous accompagner après.

Cela demande de compter sur l’aide de Dieu afin de tenir bon sur ce que l’on a décidé, de nous concentrer sur la ou les personnes qui nous sont confiées pour que nous essayons de les aider. Et de nous aider à changer, au contraire, s’il le fallait.

Dieu enfin, nous aide à nous pardonner à nous-mêmes de n’avoir pu faire que ce que nous avons pu faire. Ce n’est pas un pardon à bon compte, mais un pardon réel, une paix qui seule peut venir de Dieu. Oui nous ne sommes pas Jésus-Christ, et même lui savait renvoyer tout le monde pour prendre du temps pour lui, temps de repos, de prière, temps pour lui-même, aussi.

Avec mes amitiés fraternelles

pasteur

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3 Réponses à “Question : Charité bien ordonnée commence par … va jusqu’à… ?”

  1. emdeclerm dit :

    J’ai une question qui va peut-être paraître bête : pensez-vous que nous vivons dans le même temps que celui de Noé (où il y a seulement quelques justes et tous les autres mauvais) ou alors nous vivons dans un temps où au contraire, tout le monde agit sous la grâce (avec seulement quelques méchants). Il est vrai qu’on connaît de véritables moments de fraternité (à la suite de Charlie Hebdo par exemple), des moments de grand bonheur aussi, et il semblerait qu’on cultive le paradis sur terre, promesse de Dieu si chère aux hommes… pourtant si on inverse la chose, on pourrait dire qu’au contraire, le monde est plutôt laid (avec les guerres, les conflits, les tremblements de terre)… alors ce temps est-il celui de Noé ou alors celui d’Eve et Adam avant qu’ils ne soient chassés du jardin d’Eden ?

  2. A mon avis, l’histoire de Noé ne parle pas de quelques justes et de plain de méchants, elle parle de Dieu qui agit pour sauver chacun même s’il n’y avait qu’une étincelle de possibilité de bien en nous.
    Voir https://oratoiredulouvre.fr/predications/dieu-sauve-noe-ses-enfants-et-des-animaux.php

  3. emdeclerm dit :

    C’est une prédication magnifique, j’en avais lu quelques bribes mais surtout, j’ai remarqué qu’on est dans une époque où tout le monde a durablement nuancé le salut par la foi ou par le baptême. J’ai remarqué que bcp interprètent l’époque de Noé comme celle d’un jugement où certains sont jugés méchants et d’autres justes, il y a une grande dichotomie dans la plupart des interprétations qui sont faites. Exactement comme la théorie du salut : les croyants d’un côté, les incroyants de l’autre, comme si la Bible reprenait fréquemment ces idées tout au long de ces chapitres. C’est pour ça que j’ai posé la question : j’ai voulu montrer deux ères temporelles qui me semblaient très opposées : celle du jardin d’Eden, époque de parfaite communion avec Dieu et l’époque de Noé, noircie par le péché de l’homme. Au final, on peut dire aussi de l’époque actuelle qu’on se retrouve un peu dans les deux: aucun homme n’est parfait comme Adam avant la chute ou juste comme Noé mais tout homme avec ce qu’il engloberait de bon et de mauvais, concourt à la construction d’un monde meilleur : à l’heure actuelle, on peut ignorer Dieu parfois mais on applique pourtant des valeurs bibliques universelles.

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